Intro aux périphéries de l’Occident

Intro aux périphéries de l’Occident : 

extension ou projection ?

      

     Cet article est à penser comme une introduction, une mise en bouche.  Une introduction à un thème majeur de nos trois mégalo-métropoles en périphérie de l’Occident : leur rapport à l’Europe de l’Ouest, avec le coeur de la civilisation occidentale. Bien souvent, il ne s’agira aucunement de juger la culture de peuples non occidentaux (comme, par exemple, les différentes ethnies résidant à Singapour ou le peuple russe à Moscou). Ken Métrosexuel le répète : il est occidental. Son point de vue demeure partiel, subjectif. C’est justement cette subjectivité qui lui permet d’arriver aux conclusions qui suivent. Les mégalo-métropoles du Metropolitan Blog sont soit occidentales soit se développent selon le modèle global et donc le modèle occidental. Nombre de points ne seront ici qu’évoqués. On y reviendra bien sûr en détail avec des images et exemples concrets. Il s’agit, dans un premier temps, de poser les jalons de la réflexion.

  

EXTENSION ou PROJECTION : de quoi est-il question ?



1) Européanisation / colonisation / domination politique : extension de l’Occident ?
L’extension de l’Occident est à mettre en relation avec la colonisation européenne. Coloniser, partir à la découverte de nouvelles terres, les exploiter, apporter la fameuse « civilisation »,… La domination fut bien plus que politique. Elle fut aussi culturelle, économique et militaire. Cela va de soi. Toutefois, on la qualifiera plutôt de politique dans la mesure où c’est ce qui la différencie de la projection. 
La colonisation est, en premier lieu, une extension dans l’espace. Les puissances européennes se sont étendues, déployées, développées, agrandies, devenant puissantes et dominatrices.  L’extension dont il sera question dans le Metropolitan Blog est surtout le résultat de cette action, de cette extension / expansion. Avec la décolonisation, les pays colonisés évoluent de manière plus ou moins autonome, en gardant les fondements occidentaux et un lien privilégié avec cette culture. Le Commonwealth (dont fait partie Singapour) reste le meilleur exemple. D’autre part,  l’Amérique du Sud, les Etats-Unis ou encore le Québec montrent clairement l’évolution aussi bien linguistique, culturelle que sociétale que peuvent suivre d’anciennes colonies par rapport à l’ancienne métropole. Cette évolution se fait de manière parallèle même si les passerelles sont nombreuses. 
  L’extension s’est faite de manière active, visible, sur le long terme. Elle est ancrée dans une histoire. En outre, elle repose sur une « supériorité » affirmée des blancs. Toutefois, à partir du moment où les peuples s’auto-déterminent et les droits de l’homme sont universels, cette domination n’a plus lieu d’être.

2) Américanisation / globalisation / domination économique : projection de l’Occident ?

    La projection désignera dans ce Blog un autre processus : un processus d’acculturation, passif tout en étant implicitement accepté. Il naît à la fois d’une domination économique et d’un désir de se développer vite et donc de s’aligner sur le modèle global. C’est un processus de globalisation. Le modèle américain est plaqué de manière plus ou moins artificielle. Parfois sans aucune racine ni réflexion au préalable. Il faut bien un modèle et ce sera tout naturellement le modèle américain. Il n’y a guère d’alternatives. Pour les Etats-Unis, ce processus est une aubaine, leur permettant d’être partout et de surexister à l’extérieur de leurs frontières. Pour les autres pays, c’est un moyen de se conformer au marché mondial et à la croissance économique que ce dernier peut occasionner. Attention ! Il ne faut pourtant pas diaboliser les USA. S’ils sont en partie responsables de ce système, ce ne sont pas les seuls et il ne faudrait en aucun cas caricaturer et simplifier la réalité. Globalisation n’est pas l’équivalent direct d’américanisation. La seule certitude à avoir concerne les conséquences sur la diversité des cultures, qui devraient tous nous alarmer. Y a-t-il une fin à la standardisation des modes de vies ? Si une élite en profite, de quelle élite s’agit-il ? Une élite matérialiste, cupide et conformiste ? On est en droit de se le demander.

     Ne soyez pas triste. Les grandes multinationales sont là pour vous. On peut « enjoy » Coca Cola partout. « Always« . Même à Singapour à Little India (quartier indien). Et si vous êtes perdu, il y aura toujours Eva Longoria pour vous tenir compagnie, que ce soit à Singapour, à Moscou ou à Buenos Aires, que ce soit pour L’Oréal ou pour Magnum….

Les périphéries : SINGAPOUR, BUENOS AIRES et MOSCOU


1) Singapour : l’anglophone colonisée puis américanisée

      

      Singapour est une Cité-Etat. Ancienne colonie britannique, sa situation maritime exceptionnelle lui a valu une réussite économique fulgurante. C’est un exemple pour l’Asie entière, de même que les trois autres dragons (Corée du Sud, Taïwan et Hong Kong). La ville fait donc réellement figure d’exception dans un monde asiatique en développement et surpeuplé. Privilégiée, minuscule et dotée d’un très haut niveau de vie, on aurait tout à lui envier. Néanmoins, il faudra revenir sur l’histoire de Singapour pour en comprendre sa particularité, définir ses forces et surtout ses faiblesses.

    

     Singapour est une mini-Amérique mais Singapour n’est pas l’Occident et c’est bien là le problème. C’est comme l’Occident mais c’est en Asie. Les populations y résidant ne sont pas pour la plupart d’origine occidentale. Les différentes communautés asiatiques cohabitent sans qu’il n’y ait de véritable mélange. Elles cohabitent avec l’anglais (le singlish plus exactement) comme langue fédératrice. La réussite économique OUI  mais à quel prix ? Le régime est autoritaire ; les moeurs sont surveillées, régulées ; la société de contrôle et de censure sont palpables dans le quotidien. Bienvenue dans le monde du libéralisme économique sans le libéralisme politique. Le déracinement est important dans la mesure où l’anglais n’est pas un réel « ciment ». La communautarisation de la société et la globalisation amène à la question suivante : quel est le ciment de la société singapourienne ? Le matérialisme ? La réussite économique ? La puissance ?

     La colonisation a préparé le terrain à une américanisation à outrance en installant durablement les fondements de la société occidentale. Durablement ? On peut se le demander. Il nous faudra comparer de manière précise Singapour et les Etats-Unis. On peut déjà l’affirmer : à Singapour, l’extension de l’Occident (pourtant déjà artificiel par rapport à d’autres colonies) a laissé place à une projection.

La société de contrôle et de paranoïa est omniprésente. Mais de quoi Singapour a-t-elle vraiment peur ?
 

 
 

2) Buenos Aires : la colonisée hispanique rebelle

  

     Buenos Aires est la capitale culturelle de l’Amérique du Sud et la plus européenne du continent. L’ère coloniale s’est quelque peu effacée architecturalement. C’est un mélange de Paris et New York. Au XIXème siècle, la ville est devenue une grande puissance économique et une grande métropole multiculturelle qui rivalisait avec les grandes capitales européennes. C’est à cette période que l’on y accueillit des architectes d’Europe (d’où les bâtiments haussmanniens) et que furent construites les larges avenues et par la suite les gratte-ciel (rappelant New York) ainsi que les premières lignes de métro. Si Buenos Aires est très occidentale, elle reste très proche de la culture du sud (la plupart des immigrés sont espagnols ou italiens). C’est une société qui est, par conséquent, beaucoup moins favorable à l’américanisation, l’anglo-saxonisation et la globalisation. Elle s’adapte moins vite, subit moins les influences étrangères, notamment dans les domaines de la finance. 

     Buenos Aires est une réelle extension de l’Occident. La culture en Amérique du Sud est proche de la culture hispanique mais étant donné la décolonisation (l’Argentine était déjà indépendante au début du XIXième siècle), la société a évolué de manière autonome.  La globalisation dans ces pays se fait par conséquent de manière beaucoup moins brutale. L’argent n’y coule pas à flot. Les populations demeurent vigilantes par rapport aux Etats-Unis. Il n’y a pas de réel déracinement et, par la même occasion, la ville se développe, s’internationalise. Buenos Aires s’impose comme une capitale culturelle extrêmement riche (par ex., plus grande concentration de théâtres et d’opéras d’Amérique latine). Du fait de la diversité de sa population et de son histoire, elle est pleine de surprises. Si projection il y a, elle se fait de manière plus lente que celle que l’on constate actuellement à Moscou ou qui caractérise Singapour.


3) Moscou : la communiste mondialisée
      Moscou est la plus grande aire urbaine d’Europe. On y trouve presque 1/10 de la population russe. La ville produit presque 1/4 du PIB. Les réseaux de transport urbain sont massifs. C’est la capitale d’un pays immense qui centralise ses richesses et centres décisionnels. La ville qui abrite le plus grand nombre de milliardaire et ce depuis 2007, date à laquelle elle a devancé New York.

   Moscou est un géant où l’on voit tout en grand…. En vingt ans, ce géant a tourné le dos à des années de communisme pour devenir un géant…. capitaliste, intégré dans l’économie européenne et mondiale. Les services et la finance se sont emparés de la ville. Moscou est bien plus riche que le reste de la Russie. Le MIBC  « Moskva-City » (Moscow International Business Center), une  zone en construction combinant affaires (les plus hauts gratte-ciels d’Europe), divertissements et espaces résidentiels, en est le symbole le plus frappant. Imaginé par les autorités de la ville en 1992, il sera un équivalent de La Défense pour l’Europe de l’Est, une vraie ville dans la ville. De plus, le développement d’une presse anglophone  depuis 1992 (dont The Moscow Times), une presse plutôt critique et de bonne qualité montre l’influence certaine qu’a eu l’ouverture des frontières. Pourtant, Moscou demeure incompréhensible. Deux mondes cohabitent comme si de rien n’ était. L’un appartient à un passé que l’on a dû renier, l’autre à un avenir sans fondement. La société s’est vue déroutée, déracinée. Régie par des valeurs et un système communistes pendant des années, la transition en cours ne peut être rapide. La grande majorité de la population ne parle pas anglais, n’est pas ouverte à l’international. et préfère regretter le passé…. le fameux « âge d’or ».  On a plaqué de manière artificielle un système globalisé qui, sans racines, n’a aucun sens. On doit aussi s’interroger sur le rapport entre démocratie libérale et société capitaliste.

       Moscou est ainsi le parfait sujet de réflexion quant à la projection de l’Occident qui nous occupera.


La faucille et le marteau, représentations du communisme, dans les stations de métro

Moskva-City au loin, encore en chantier….
 
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