Peut-on ne pas aimer Berlin ?

 

Berlin, capitale du cool 

       Ken vous doit une explication. Berlin n’a pas encore été abordée à proprement dite dans le Metropolitan Blog. Pourquoi ? C’est pourtant une des mégalo-métropoles du tour du monde qu’a effectué Ken et une des villes dans lesquelles il raffine son mode de vie. Berlin s’est, depuis la réunification, imposée comme une jeune capitale en mouvement avec une forte capacité d’attraction. Ville la plus branchée et cool d’Europe, Berlin est sur toutes les bouches et… notamment celles des bobos en vadrouille, qui adore son coté « pauvre mais sexy » (mots utilisés par Klaus Wovereit, le maire de Berlin pour décrire sa ville à un groupe d’investisseurs anglais en 2003). Cool, elle ne l’avait certainement pas été depuis les années 30. Dans une Europe élargie, la capitale allemande se veut le nouveau centre.

     Berlin par ci, Berlin par là… Ken n’a pas eu tellement envie d’en parler tout de suite. Parfois, quand on ne sait pas comment trouver le ton juste, mieux vaut se taire. D’où la question : peut-on ne pas aimer Berlin ? Berlin pourrait-elle ne pas être aussi « cool », « ouverte » et « super stylée » que l’on veut bien le dire ? 
      D’abord, pourquoi Berlin plaît-elle tant ? De par son histoire récente, Berlin constitue la ville qui a tout à redéfinir, à réinventer. On peut y tenter quelque chose de nouveau, de risqué, contrairement aux « vieilles villes » comme Paris, Milan ou Londres, qui donnent l’impression d’être finies et dont les loyers font fuir plus d’un… à commencer par les artistes. Effectivement, au centre de Berlin, dans le quartier de Mitte, les apartements refaits à neuf coûtent moins du quart du prix des appartements londoniens. Alors que toutes les capitales finissent par se ressembler, avec des centre-villes franchisés, Berlin, redevenue capitale de l’Allemagne le 3 Octobre 1990, est différente et fière de l’être. Elle n’a pas honte de ses espaces vides, de sa philosophie anti-consumériste et alternative. Décalée, effervescente, précaire, Berlin est devenu une ville phare de l’underground, point de ralliement des alternatifs et des avant gardes du monde entier : mode, design, musiques, concepts de la nuit.  Le Berlin des années 2010 tourne une nouvelle page après le vingtième anniversaire de la réunification. Ville-Etat, ville affranchie, elle aspire à garder sa spécificité et miser dessus pour attirer toujours plus de touristes à la recherche d’une véritable deutsche dolce vita.

 Une mini mégalo-métropole
    Berlin est bien plus une métropole qu’une mégalo-métropole. S’il s’agit d’une capitale culturelle et artistique de premier plan, Berlin ne possède pas les atouts des autres villes mondiales. En effet, certains artistes disent de Berlin que c’est l’équivalent du New York des années 60-70. Le Berlin réunifié compte pas moins de 150 théâtres, 300 galeries et 180 musées. Toutefois, bien que capitale politique de la République Fédérale Allemande, Berlin n’a pas la puissance de ses voisines européennes puisqu’elle ne parvient pas à se développer dans d’autres secteurs. 


Mini mégapole : 3,4 millions d’habitants et une aire urbaine de 6 millions 
S’il s’agit de l’une des dix métropoles les plus peuplées de l’UE, ce n’est rien à comparer des aires urbaines de Londres, Moscou et Paris.
Métropole incomplète : capitale politique et touristique seulement
L’Allemagne est un pays multipolaire avec la décentralisation comme principe d’organisation (la dernière fois qu’il y a une centralisation, on connaît le résultat !). Environ quatre autres villes peuvent se prétendre capitale dans un domaine : 
 ==>  Munich = capitale économique 
         Francfort = capitale financière et hub 
         Hambourg = capitale commerciale
         Cologne = capitale médiatique  (même si Berlin est en train de se rattraper dans ce domaine)

        

     Les aires urbaines de Munich et Hamburg (entre 1 et 2 millions) sont plus riches que celle de Berlin. Si Munich accueille les sièges de la plupart des entreprises et attire les investissements, Hambourg et son immense port sont aussi tournés vers le monde. C’est la deuxième ville dans le monde, après New York, qui n’est pas capitale mais a beaucoup de consulats (100 exactement). Malgré sa petite taille, Francfort (surnommée Mainhattan) s’impose, avec ses gratte-ciels, son secteur financier très développé et son rôle de gigantesque hub, comme la plus petite des grandes métropoles. Surnommée Mainhattan, Francfort est la seule ville allemande en haut des classements de villes mondiales. Enfin, Cologne se situe au sein d’une mégalopole régionale, la région Rhin-Ruhr, équivalant à la taille de l’aire urbaine de Paris (près de 12 millions d’habitants).
    Avec un PIB moyen bas, Berlin reste l’une des grandes villes les plus pauvres du pays. L’endettement de la capitale a dépassé les 60 milliards d’euros. En 2007, pour la première fois, la ville présente un budget non excédentaire mais Berlin n’est pas sorti de l’auberge. Economiquement faible, cela n’empêche un succès touristique sans précédent. Après Facebook et Youtube, Berlin a été le mot le plus googlé dans l’espace germanophone. Avec plus de 20 millions de réservations d’hôtels en 2010, Berlin a dépassé Rome et est devenu la troisième destination européenne après Paris (45 millions) et Londres (40 millions). En 10 ans, la ville est passé de 5 millions (2000) à 9 millions de touristes (2010). On parle de « génération easyjet », adepte des « city breaks » dans des capitales comme Berlin. 

  

Berlin ou l’argent des autres : sexy et riche

« Tatsächlich drücken die Metropole unfassbare Schulden – aber trotzdem lebt sie im Luxus. » Focus vom 5. September


= Il est vrai que des dettes hallucinantes gênent la métropole – mais elle vit quand même dans le luxe.

        L’hebdomadaire Focus du 5 Septembre titrait  « Berlin – sexy und reich ! Das Märchen von der armen Hauptstadt » (le mythe de la capitale pauvre). Dans le contexte des élections municipales, le maire de Berlin, qui a été réélu le 18 Septembre pour  un troisième mandat, a mené sa campagne en terrain conquis. On aurait plutôt dit une star, à signer des autographes, donner des ours en peluche et des photos. Le magazine défend la thèse que Berlin, contrairement à ce que son slogan veut bien faire entendre, ne vit pas dans la pauvreté :
1- La capitale gâte ses habitants avec des prestations que les habitants des autres Länder n’osent même pas imaginer. Ainsi, Berlin offre aux parents la gratuité du Kindergarten à partir des 3 ans de l’enfant.
2- Autant d’argent est dépensé en moyenne par habitant à Berlin qu’à Hambourg. Qui dirait d’Hambourg que c’est une ville pauvre ? La différence avec Berlin n’est autre que Hambourg est un Land qui donne de l’argent et Berlin, un Land… qui reçoit.
3- La ville ne s’astreint pas à beaucoup d’économies. Elle dépense. 
4- Berlin devient plus dynamique (même si c’est lent et que le chômage reste quasiment le double de la moyenne nationale) : par exemple, dans les cinq dernières années, 118 000 emplois ont été créés. D’autre part, n’étant pas portée sur l’export, les effets de la crise s’y sont peu fait ressentir contrairement à Londres, capitale de la crise
5- A Berlin, on manque de beaucoup de choses mais pas d’argent. A partir de 2011, l’Etat fédéral transférera en plus 720 millions d’aides à la capitale dans les neuf prochaines années. Cette dernière concentre déjà chaque année 2/5 de l’argent donné par les Länder les plus aisés aux Länder en difficulté. 

Le risque de gentrification est-il réel ? 

     La métropole berlinoise résulte d’un brassage étonnant : de l’est à l’ouest, on perçoit encore un mur imaginaire. Berlin attire, toujours plus. Quand on est jeune, Berlin est la meilleure ville du monde, diront beaucoup. D’ailleurs, le risque est bien là. Si l’on ne sait pas quoi faire, allons à Berlin pour « profiter » de la vie. Pourtant, là-bas les opportunités y sont moins nombreuses et la ville ne dispose pas d’une atmosphère de travail certes stressante mais stimulante aussi. A ce jeu-là, Berlin risque de devenir la capitale des fauchés sans avenir

     Par ailleurs, le Berlinois immigré typique est soit étudiant soit artiste soit alternatif… si ce n’est les trois à la fois. Si les alternatifs s’installent à Friedrichshain ou Neukölln, Prenzlauerberg est devenu le quartier symbole d’une gentrification en cours. Ce ex quartier populaire de l’Est a vu en une décennie débarquer une population jeune, aisée (surtout pour Berlin), chic et « stylée ». Du coup, les boutiques de fringues, de design, de produits bio, etc… ont fleuri. Les bobos semblent trouver leur bonheur à Berlin. 
      Inéluctable ? Berlin s’embourgeoise… les vrais Berlinois, les artistes sans le sou et les alternatifs à la recherche d’une vie différente commencent à s’offusquer. Risque d’aseptisation, d’augmentation des loyers, de perte d’identité et de spécificité. On aura l’occasion de revenir sur ce phénomène et déterminer si oui ou non Berlin devrait redouter et/ ou lutter contre cette gentrification. 

Que retenir ?
      Berlin, sexy ? Mieux vaut qu’elle le soit. Son charme constitue son atout majeur. Quand à l’argent, il demeure un problème… puisqu’il n’y en a pas beaucoup. A quoi bon être créatif si on peut pas financer et diffuser ses créations ?
    Après avoir posé ses caméras à Londres, Barcelone, Paris et Rome, Woody Allen envisage l’Allemagne pour son prochain film. Ce n’est pourtant pas nécessairement Berlin mais a priori Munich qui sera choisi pour le tournage. Mais les Berlinois n’y accorderont sûrement pas grand intérêt. Si le résultat est de ramener des milliers de touristes supplémentaires et transformer leur ville en zoo, ils s’en moquent pas mal. Seule certitude : Berlin surprendra… c’est dans son patrimoine génétique. Elle ne se soumettra pas et restera le lieu de tous les possibles, mêmes les moins conformistes.
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