Paris coincée intra muros

Paris critiquée pour ses mauvaises performances institutionnelles

  Paris est une ville mais c’est bien plus qu’une ville. Métropole, capitale, c’est aussi une des plus puissantes régions économiques du monde, la cinquième en termes de PIB. Avec New York, Londres et Tokyo, elle reste une des quatre villes mondiales les plus influentes. Pourtant, depuis quelques années, Paris accuse un certain ralentissement et s’est laissé devancer par sa rivale éternelle, Londres. 

     En effet, Paris n’aurait pas su s’adapter et souffrirait d’un manque de gouvernance à l’échelle de la métropole. Une vraie exception, à l’heure de la globalisation. Il ne faudrait pas dramatiser, tous les indices sont loin d’être au rouge, comme le rappelait Ken lors d’une interrogation sur la capitale du monde, rappelant que Paris a toute sa place et reste la capitale européenne. Par exemple, seul Tokyo compte plus de sièges sociaux de grands groupes que l’Ile-de-France. Toutefois, ce “dysfonctionnement” s’avère déjà handicapant. Paris affiche des “performances institutionnelles” forcément désastreuses.  

 

Un problème spécifique à Paris : une exception française

     Le problème de gouvernance est double : il est commun à toutes les mégalo-métropoles. Il s’agit de savoir comment gouverner au mieux des régions urbaines, des systèmes métropolitains aux limites économiques floues, comptant différents niveaux de collectivités locales et donc de trouver la façon la plus judicieuse de piloter des politiques publiques multi-acteurs et multi-échelles. Mais le problème est typiquement parisien. Le dépassement de la « frontière » matérielle et institutionnelle du périphérique semble impossible. Depuis 1870, Paris est figée dans l’espace.

     La ville de Paris et la Région Parisienne renvoient à des réalités géographiques aussi bien que juridiques. Or l’agglomération parisienne reste un terme purement géographique qui ne dispose d’aucune institution pour l’incarner. C’est bien là le problème, la raison d’être même du projet du Grand Paris. Il faut donner une traduction institutionnelle et politique de ce phénomène urbain.Paris demeure ainsi la seule grande ville française sans structure de gouvernance à l’échelle de l’agglomération et la seule ville mondiale sans un système de gouvernance approprié. L’absence de communauté urbaine symbolise l’exception parisienne. 

     Paris ne peut plus faire l’économie d’une communauté urbaine. Si toutes les villes en ont besoin, l’Ile de France devenant multipolaire ne peut continuer avec la gestion urbaine actuelle qui se restreint au seul cœur de l’agglomération. 

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Un rééquilibrage conséquent (et naturel ?) entre Paris intra muros et sa proche banlieue  

    Paris concentrait il y a quelques années encore l’essentiel des fonctions importantes : ministères, universités, grandes écoles, sièges sociaux, lieux de divertissement et de loisirs. Son poids démographique la plaçait sur un piédestal : la seule ville de Paris réunissait 44% de la population totale de l’agglomération. 

       Les banlieues se voyaient réduites à trois fonctions :

– lieu de résidences secondaires profitant aux grandes familles bourgeoises, 

– villes-dortoirs qui venaient répondre au phénomène croissant d’urbanisation 

– lieu de la production industrielle. 

    La fin des années cinquante marque un tournant. Avec, en 1959, la création de La Défense, des villes nouvelles et du RER, de grands pôles émergent en banlieue. Actuellement, la majorité des étudiants franciliens (53%) étudie en banlieue, qui accueille même la moitié des grandes écoles et des grands équipements de recherche. Toutefois, le rééquilibrage le plus spectaculaire se situe dans le domaine commercial. Contre toute attente, la périphérie est, elle aussi, devenue un espace de loisirs où l’on consomme. Il ne faudrait pas trop minimiser le rôle de Paris qui regroupe encore 31% des emplois franciliens et sans qui ces grands pôles en banlieue ne sauraient connaître un tel succès. Si le terme de multipolarité peut paraître excessif, on reconnaîtra facilement que l’on est face à un véritable polycentrisme hiérarchisé.

 

Un mille feuille territorial et institutionnel

Agglomération parisienne = 1 conseil régional, 8 départements, 30aine de communautés d’agglomération et de communautés de communes, 396 communes

   L’agglomération parisienne se caractérise par un mille-feuille territorial, qui explique en grande partie l’échec d’une politique publique ambitieuse de l’aménagement urbain. Sur les 75 000 communes de l’Union Européenne, 36 568 sont en France soit 49%. Cet éparpillement n’est donc pas proprement francilien mais français. La Région gère l’aménagement du territoire, les communes, l’aménagement urbain et le logement tandis que les départements se chargent de l’action sociale. Néanmoins, chaque instance tend à s’occuper de tout du fait du principe de compétence générale des collectivités territoriales.

     Finalement, aucune institution n’est à la bonne échelle. Paris ne peut pas prétendre incarner la totalité de l’agglomération car elle ne représente que 22% de sa population totale et moins de 4% de sa superficie. L’agglomération parisienne ne représente que 20% du territoire francilien. Or, aujourd’hui, la région prend en charge l’aménagement de l’agglomération avec le SDRIF (Schéma Directeur de la Région Ile de France) parce que son territoire est celui qui s’en rapproche. C’est donc par défaut qu’elle le fait. Le SDRIF est élaboré par les conseils généraux, la Région, les acteurs économiques et les services de l’Etat. 

      Dans sa légitimité et son pouvoir de décision, la Région se voit, toutefois, contestée par les départements et l’Etat. A cela s’ajoutent les communes et les communautés d’agglomération qui peuvent adopter leurs propres Plans locaux d’urbanisme (PLU). Ces plans peuvent s’opposer à ce que la région propose. Le problème ne se situe pas dans les conflits d’intérêt que tout grand ensemble urbain suppose, mais dans l’absence d’un dispositif de décision qui permette d’aller au-delà des conflits : une instance pour impulser les décisions et arbitrer. 

  

L’exemple des transports : absence d’un réseau véritablement métropolitain

      Si les futurs transports du Grand Paris sont enfin connus, le réseau actuel met en évidence le retard pris à cause d’un manque d’investissements et de projets prometteurs. Le réseau en étoile caduc révèle l’impossibilité d’échapper à Paris intra muros. Les développements récents dans le domaine des transports en Ile de France montrent que la vision d’un Paris municipal l’a emporté sur celle d’un Paris métropole, faute de réelle politique publique ambitieuse. Que ce soit la construction des tramways, du RER E, du Meteor ou l’installation des Vélib’, on est loin d’un système dont l’échelle est celle de l’agglomération. 
       Le constat n’a pas de quoi réjouir : réseau vieillissant, aucune solution apportée aux nouveaux types de besoins. Avec le développement des commerces, centres de loisirs, quartiers d’affaire (3,4 millions d’emplois sur 5 en banlieue) et universités en banlieue, la grande majorité des déplacements s’effectue désormais de banlieue à banlieue (85%). Il faudrait alors passer d’un fonctionnement en étoile à un fonctionnement en toile d’araignée. Or, le cercle en petite couronne n’existe toujours pas. D’autre part, l’aéroport Charles de Gaulle ne bénéficie toujours pas de liaison rapide avec la capitale. De manière plus générale, on constate qu’il n’y a pas eu d’investissement structurant depuis les années 80, date à laquelle on commence à avoir les premiers problèmes de surcharge concernant le RER A. Toutes les tentatives ont avorté.
     Comme l’aménagement du territoire dépend directement du réseau de transports, on comprend aisément qu’il devienne la prioirté du projet du Grand Paris.

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