Le bordel du Grand Paris


 « Paris est coupé de ses membres, menacé d’infarctus » Richard Rogers

    Les artères de Paris semblent en ce XXIe siècle incapables de répondre au besoin de circulation des populations et des marchandises. Les nouveaux transports du Grand Paris mettront fin à un système actuel qui fait de Paris, coincée intra muros, le passage obligé d’un trajet banlieue-banlieue. 

  

Le Grand Paris : une idée vieille

 
« Il existe un ‘Grand Paris’, constitué à l’avance, pourvu d’une organisation administrative complète : le département de la Seine ». Rapport de la Commission d’extension de la préfecture de la Seine, 1913
« Habitants du Grand Paris, mes frères… » André Morizet, maire de Boulogne-sur-Seine, 1932


    L’idée d’un Grand Paris n’est pas neuve. Dans les années 1920, on pensait étendre le niveau d’aménagement et d’équipement de la capitale aux communes de banlieue. L’idée de solidarité prévalait dans cette démarche. Avec la création du la Région Parisienne, la banlieue s’est retrouvée coincée entre Paris et l’Ile de France. C’est dans les années 1980 que l’idée d’un Grand Paris est revenue sur le devant de la scène, réclamée par les urbanistes et les architectes. On a même parlé de délocaliser l’Elysée à St-Denis et Matignon à Bobigny. Evidemment, il n’en a rien été. 

Naissance de Paris Métropole :

 

     En 2001, Bertrand Delanoë nomme Pierre Mansat « Adjoint en charge des relations avec les collectivités territoriales ». Choix tactique dans la mesure où cet élu communiste était particulièrement à même de renouer le dialogue avec les communes riveraines, communistes. 

     En 2005, dans le Nouvel Observateur, vingt personnalités ont lancé un appel en faveur d’un “Paris métropolitain” contre l’anomalie parisienne, c’est-à-dire l’éclatement institutionnel de l’agglomération. Ce nouvel engouement est à l’origine de la Conférence métropolitaine de l’agglomération parisienne qui s’est réunie à l’initiative de la Ville de Paris pour la première fois le 7 Juillet 2006. 
      L’affaire se complique lorsque le Président lui-même souhaite s’imposer dans le débat. Le 26 juin 2007, il critique le projet en route, veut repenser l’organisation des pouvoirs et créer une communauté urbaine. Le 17 novembre 2007, Nicolas Sarkozy lance donc une consultation internationale d’architectes sur le grand Paris. Le 18 mars 2008, il nomme Christian Blanc Secrétaire d’Etat chargé du Développement de la Région Capitale. Bertrand Delanoë, maire de Paris, se trouve alors dans une position délicate, ayant toujours défendu la création d’une communauté urbaine mais ne pouvant se rallier à la vision du chef de l’Etat. Aux Assises de la métropole, on décide que la Conférence métropolitaine devient un syndicat mixte ouvert. Paris Métropole est donc créé en février 2009.

Gauche / Droite, 2 visions pour 2 projets :

Arc express vs Grand Huit 
   Pendant plusieurs mois, le projet de transports traîne parce que la Région à gauche et l’Etat à droite ne parviennent pas à un accord. Leur vision diffère. Un rapport de force s’installe. D’Octobre 2010 à Février 2011 s’organise un débat public. Il s’agit du plus vaste débat public jamais organisé en Europe. 
    La Région défend depuis des années le projet d’Arc Express, une ligne longue de 60 km. Cette ligne se subdivise en quatre arcs dont deux prioritaires (Nord et Sud). Seule la proche couronne se verrait desservie, avec une vitesse de 40 km/h et des arrêts fréquents. Paris et la petite couronne portent aussi ce projet. On distingue cinq grands objectifs :
– Un gain de temps est attendu. 
– Des secteurs denses en population et en emplois seront désenclavés puisqu’enfin desservis ou plus seulement par une radiale
– Le réseau de transport existant se verra désengorgé, notamment la ligne 13 et le RER A. 
– L’usage des transports en commun étant facilité, il représentera une alternative crédible à l’automobile.
– Le développement économique sera rendu possible par la mise en relation des pôles d’emplois et des lieux d’habitation. Ainsi, les pôles d’emploi mal desservis, comme Villejuif, le seront mieux et la création de nouveaux pôles sera nettement favorisée.
     Le projet concurrent de l’Etat, dit Grand Huit, est présenté en avril 2009, élaboré par le Secrétariat d’Etat de Christian Blanc. Il s’agit d’une ligne longue de 130 km, permettant une vitesse commerciale de 60 km/h voire 80 km/h lorsque les stations le permettent et fonctionnant 24h/24. Ce Grand Huit relierait les grands pôles pour accroître la compétitivité internationale de la région parisienne : les deux aéroports de Roissy et d’Orly, les quartiers d’affaire (La Défense, St Denis-Pleyel), les pôles de recherche et d’enseignement supérieur en banlieue (plateau de Saclay, Villejuif, Marne-la-vallée). La ligne 14 serait prolongée au Nord jusqu’au carrefour Pleyel et au Sud jusqu’à Villejuif. Des secteurs défavorisés du centre et de l’Est de la Seine-St-Denis comme Sevran ou Clichy-sous-Bois seraient desservis. Une partie du tracé rejoindrait celle d’Arc Express. 
        D’autre part, le RER E serait prolongé jusqu’à La Défense. Certaines stations, comme La Défense, St Denis et Orly, seraient aussi dotées d’une gare TGV, les reliant au réseau national voire international. La SNCF propose, en effet, une liaison Versailles – Le Bourget en passant par La Défense et St-Denis-Pleyel. Elle serait utilisée par des navettes automatiques rapides et des TGV. La défense pourrait ainsi accueillir des Eurostars en provenance de Londres. Enfin, La Défense ne serait plus qu’à vingt minutes de l’aéroport Roissy-Charles De Gaulle. 
     Si ce projet avait été réalisé, il aurait permis de mettre en place le système de transports le plus développé des grandes métropoles mondiales. On peut l’assimiler à un changement comparable à celui que fut la création du métro ou du RER. Le rapport Carrez sur le financement prévoit tout de même qu’entre 35 et 39 milliards d’euros seront nécessaires pour réaliser l’ensemble. Soit quatre fois plus qu’Arc Express !
    Non seulement les doutes pesaient sur les réels financements nécessaires à de tels travaux titanesques mais on a surtout critiqué le rôle des collectivités territoriales se voyaient affaiblies au profit d’un Etat technocratique, autoritaire, hyper-centralisé, qui ne respectait guère la démocratie locale.
   

Un accord historique

   

  Un compromis a finalement été trouvé. La Région et l’Etat se sont mis d’accords sur un projet et un tracé. Jen-Paul Huchon, président de la Région Ile de France et Maurice Leroy, ministre de la Ville, signent un accord historique le 26 Janvier 2011 pour la construction du Grand Paris Express. Il faudra attendre Juillet et le décret officiel qui approuve le schéma d’ensemble. Ce projet se fera en plusieurs phases et se veut  un mélange des deux projets concurrents. Dans un premier temps, c’est la proche banlieue qui sera desservie avec la boucle (ligne rouge) ainsi que l’aéroport Charles De Gaulle. Le ligne 14 sera prolongé au Nord pour rejoindre la boucle et au Sud jusqu’à l’aéroport d’Orly (ligne bleue). Dans un second temps, les pôles d’excellence du Sud Ouest de la Région, plus loin de Paris, seront desservis, comme la droite le voulait (ligne verte). 
   Si les transports, enjeu majeur, semblent être un problème résolu, le Grand Paris n’est pas au bout de ses peines. Il n’existe toujours pas de structure approprié. Paris Métropole n’a aucune valeur contraignante et n’est qu’un rôle de consultation et de discussion. L’Etat ne peut plus prendre seuls les reines de l’agglomération parisienne, même si elle est une clé de l’économie nationale. Quand à la Région, elle n’est pas non plus à la bonne échelle. espérons que Paris ne sera pas trop longtemps coincée intra muros.
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