Le réveil démocratique de Moscou


      Dans les rues de Moscou, on ressent le pouvoir. Pas un pouvoir en particulier, un type d’oppression ou de régime mais le pouvoir en tant que tel. La fin de l’URSS n’y a rien changé.  C’est probablement la seule mégalo-métropole dans le monde qui donne cet effet. Capitale d’un gigantesque « empire », d’un pays-continent, au potentiel énergétique incroyable, Moscou n’a jamais cessé de jouer dans la cour des grands. 
      Depuis la transition démocratique dans les années 90, nul n’ignore la réelle transition qui s’est opérée. Des puissances capitalistes se sont vite formées et ont confisqué le pouvoir. La liberté d’expression y est toujours très relative. On croyait la nouvelle génération apolitique, obnubilée par le folie consommatrice et les opportunités de la globalisation. Pourtant, après le printemps arabe, il semblerait que la Russie se réveille enfin. Après des décennies de dictature, la transition ne fait-elle que commencer ?
      Pour les élections législatives du 4 Décembre, le parti au pouvoir est sorti vainqueur. Comme d’habitude. Le rapport de l’OCDE et du Conseil de l’Europe faisait état de bourrages d’urnes et de fraudes. Comme d’habitude. Sauf que cette fois, des vidéos ont circulé sur internet, mettant clairement en évidence les fraudes. Le peuple s’est alors soulevé, protestant contre les fraudes et voulant chasser Poutine du pouvoir. Des dizaines de milliers de russes ont donc manifesté à plusieurs reprises cette semaine dans la capitale. Les zones de rassemblement ont été investi par des policiers et des blindés. La place rouge et le Kremlin ont été interdits au public.
      Si ce type de rassemblements est autorisé, la police se montre violente et on peut craindre une dure répression. Déjà des centaines de manifestants ont été arrêtés. Espérons que la démocratie et la liberté d’expression triompheront. Malheureusement, comme Singapour, Moscou offre le triste constat que libéralisation économique ne rime pas nécessairement avec libéralisation politique. Les deux villes sont hyper intégrées dans l’économie globale sans pour autant développer de régime politique vraiment libéral. 
     De nombreuses forces politiques se sont réunies lors de ces manifestations. On trouve aussi beaucoup de personnes issues des classes moyennes voire aisées. Même la nouvelle génération, celle qui n’a pas connu l’URSS, se soulève. Elle est mieux organisée grâce aux réseaux sociaux.
       Une page s’est tournée : les dirigeants russes ne sont plus des chefs incontestés, qui peuvent tout se permettre. S’il est tôt pour parler de révolution, on peut tout de même saluer ce combat pour en finir avec la fraude et le monopole du pouvoir. Cela suffira-t-il à changer le cours des élections présidentielles de Mars ?
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