Dans les entrailles de NY



Où ? Dans des couloirs sombres et humides, dans des égouts asséchés, dans des stations de métro et tunnels ferroviaires désaffectées.

 

Qui ? Des SDF qui ne trouvent plus refuge dans les rues new-yorkaises et préfèrent survivre dans le labyrinthe souterrain de Manhattan. 

   

   Les New Yorkais en ont, pour la plupart, entendu parler. Le reste du monde ignore bien souvent leur existence. Eux, ce sont les hommes-taupes (“the mole people”), des sans-abris qui habitent sous la ville, à l’abri des regards et de la lumière.

     Le ventre de New York contient ce monde parallèle, cette ville sous la ville où grouillent, au milieu des rats et des détritus, les « exclus du rêve américain ». Un vrai New York underground. 

Parcours dans cette “cour des miracles”

Descente aux enfers
    Il faut quitter les gratte-ciel, emprunter des escaliers oubliés et s’enfoncer dans les profondeurs de la mégalo-métropole. Si profond que la lumière n’y pénètre pas. Les travaux titanesque réalisés au XIXe et surtout au XXe siècle ont fait de NY un monstre urbain et donné naissance à un vaste réseau de tunnels qui se croisent (métros, égouts, câblages, conduits, voies hydropiques) à une profondeur équivalente à un immeuble de 30 étages. Il y fait une douzaine de degrés en moyenne voire plus en hiver à cause des sorties d’air chaud des buildings, notamment des centre commerciaux.
 
De retour de la guerre du Vietnam
 Tout a commencé en 1973 avec le retour au pays des vétérans du Vietnam. Sans argent, sans logement, ils ont souvent été condamnés à vivre en marge de la société. Ils ne pouvaient plus s’abriter ou dormir dans les rues de New York, la plupart des bancs publics étant déjà squattés. Ils sont donc allés se réfugier là personne ne pourrait les déloger : dans les entrailles de la capitale du monde. Des trafiquants de drogue et des gangsters en cavale ont suivi. Pour Wilfredo Rodriguez par exemple, un chef de gang recherché dans plus de cinq Etats, ce monde parallèle souterrain offrait la planque idéale. Progressivement, les clochards et tous les oubliés du rêve américain sont venus peupler cette sous-ville.  
Comment (sur)vivent-ils ?
   Certains remonteront à la surface pour mendier ou récupérer ce que les supermarchés ou les New Yorkais jettent. D’autres ne remonteront plus jamais. Certains vivent ainsi depuis une dizaine d’années sous les sols et “mutent” : teint blafard, visage crasseux, des yeux qui se sont habitués à l’obscurité permanente. Leur corps s’adapte à l’humidité et à l’obscurité.     
    Pour se protéger et oublier la réalité qui les a tant fait souffrir, ils créent un monde sous-terre dans des conditions inimaginables. Entre des murs humides ou dans une trappe, sur une planche ou des cartons, ils se construisent une « maison ». Ce monde fonctionne comme tout autre selon des règles. Des communautés se sont organisées et certaines zones sont bien plus dangereuses que d’autres.
   Pourtant, ces hommes d’en bas bénéficient parfois d’un confort surprenant. Grâce aux nombreuses bouches à incendie installées le long du réseau de tunnels, ils disposent d’un accès direct au système d’eau courante de la ville. Dans les infrastructures de transports publics souterrains, quelques centaines de « chambres » sont aménagées avec accès à l’eau courante et à l’électricitéOn trouve donc des télévisions, des frigos, parfois même de véritables cuisines. 
Combien sont-ils ? 
      Impossible à dire. Vous vous doutez bien que le recensement officiel n’en tient pas compte. Dans les années 90, on estimait qu’autour de 5 000 personnes vivaient dans les boyaux du parc Riverside, qui longe le fleuve Hudson. De nos jours, les entrailles de NY pourraient accueillir des dizaines voire centaines de milliers d’exclus. Ce n’est qu’en 1994 avec le premier attentat contre le World Trade Center que « les gens d’en haut » apprendront avec horreur cette cité souterraine. 
   Après le 11 septembre 2001, le maire de l’époque, Rudolph Giuliani, a tenté de “nettoyer” les tunnels de ceux qu’il nomme « les parasites invisibles » et qu’il voit comme de potentiels terroristes. Beaucoup furent emprisonnés et brutalisés dans l’espoir d’être découragés de retourner en bas. 

Quelques médias en parlent…

  

Dans les entrailles de NY

       La réalisatrice française Chantal Lasbats a réalisé un travail excellent sur ces habitants invisibles. Sensibilisée au monde des tunnels après avoir lu « Les saisons de la nuit » de Colum McCann, elle produit un documentaire pour France 5, sélectionné au Festival du grand reportage au Touquet en 2009 : « Dans les entrailles de New York« .
    L’équipe de tournage a réussi à rencontrer ces habitants souterrains et à s’infiltrer non sans danger dans ce labyrinthe (pas plus bas que le 8e niveau d’un système qui en compte minimum 12).
   Certains témoignages font froid dans le dos et arrivent à nous montrer finalement la banalité de ce qui leur arrive. L’indécent devient possible. L’élection d’Obama ou les nouvelles du monde d’en haut les concernent si peu. Ils continuent en silence et dans l’indifférence générale leur vie cachée. 
Undercity





  Cette année, Andrew Wonder pénétre le réseau souterrain new-yorkais avec Steve Duncan alias Tunnel Man, un explorateur urbain, historien et photographe, qui a pour habitude de s’y balader clandestinement. 


C’est une vidéo d’archéologie urbaine qui nous entraîne dans un univers caché mais passionnant et nous fait rencontrer certains de ses occupants. Une réussite !

   La question se pose pour nos autres mégalo-métropoles : Londres ? Paris ? Moscou ? Quelle autre ville disposerait d’un tel réseau, de telles infrastructures souterraines ? A Paris par exemple, les catacombes, le réseau d’anciennes carrières (long de 280 kms) reliée par des galeries d’inspection, les 2400 km d’égouts et les tunnels de métros abandonnés forment autant de possibilités pour une vie souterraine. 
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