Pourquoi Berlin est-elle capitale de la contre-culture et de l’électro ?


     Le XXe siècle ne l’a pas épargnée, elle qui a connu plusieurs crises d’identité : des bouillonnantes années 20 à la destruction de la seconde guerre mondiale, ont succédé la torpeur, la paralysie et la vie entre parenthèse de l’époque du Mur. Il a fallu repartir de zéro. Aujourd’hui en mouvement perpétuel, créative, frénétique, Berlin rappelle le New York des années 80 ou le Madrid de la movida
     La plus jeune métropole d’Europe attire les artistes et les clubbers du monde entier. L’attrait majeur de la capitale allemande réside dans son coté alternatif. Dans une ville dont la superficie équivaut à huit fois Paris intra muros et avec des prix à faire pâlir d’envie les autres capitales européennes, Londres et Paris en tête, précarité rime avec créativité et n’est pas une tare.
      Berlin s’offre dans toute sa diversité avec sa physionomie si particulière qui permet à une nuit électrisante de s’épanouir : de grandes espaces verts, une architecture parfois austère… en tout cas postindustrielle, des squats géants, des friches près des voies ferrées à l’est. Il y a en pour tous les budgets et tous les goûts. La vive scène musicale et en particulier électro qui invente les sons de demain, rivalise avec d’autres monstres nocturnes comme New York, Londres, Barcelone et Madrid. 

La seule capitale en Europe qui ne dort jamais 
       Il faut dire que les conditions sont propices à la vie nocture et à la création dans la capitale allemande. On ne vient pas que trouver de l’inspiration et bénéficier de bas coûts à Berlin. On profite d’un réseau, d’un environnement et d’une liberté qui sont propres à la ville, uniques au monde. D’abord, les bars et les clubs n’ont pas d’heure de fermeture imposée. Une party en plein air comme cela se fait beaucoup en été n’a d’ailleurs pas besoin d’autorisation. Ensuite, le paysage des salles de concerts et des clubs se renouvelle en permanence. En plus des labels réputés et de nombreux disquaires, on y trouve une importante presse spécialisée, souvent gratuite. D’autre part, les plaintes liées à la vie nocturne sont peu nombreuses. A Berlin, il y a de l’espace et donc pas de contraintes d’insonorisation. Paris compte presque 21 000 habitants/km2 et Berlin moins de 4 000. Enfin, les établissements sont de vrais lieux de détente. Oubliez le jugement social et les tenues élégantes discriminatoires. Les Parisiennes sont priées de laisser leurs talons à la maison, ils ne leur seront d’aucune « utilité » à l’entrée. Les videurs sont d’ailleurs quasiment invisibles dans les boîtes berlinoises. 
    Désignée capitale mondiale de la musique électronique au début des années 2000, Berlin a su rivaliser et supplanter Chicago et Détroit. Les stars de l’électro mondiale s’y sont progressivement installés à Berlin et ont fait la réputation de certains clubs devenus  incontournables : le Trésor , pionnier des années 90, le Berghain réputé pour être le meilleur du monde, le Watergate et sa vue imprenable sur la Spree, le KitKat Club et, quand le temps le permet en été, Bar25 et Club der Visionäre.

Tourisme musical 

     Berlin s’était déjà faite une sacrée réputation avec la Love Parade. Organisée de 1989 à 2006 à Berlin, elle s’est imposée comme le premier rassemblement au monde autour des musique électroniques et le plus grand rassemblement au monde après le carnaval de Rio. Il a d’abord eu une vocation politique : la première édition avait pour but de manifester contre la séparation du Mur. A partir de 2001, n’étant plus considérée comme une manifestation à but politique mais commerciale, les frais de nettoyage devaient être assurés par les organisateurs eux-mêmes. Tout de suite moins drôle ! Il faut dire que les marques s’étaient immiscées à un tel point dans la Love Parade qu’il était difficile de croire encore en son aspect « politique ». A partir de 2007, l’événement a quitté Berlin pour le bassin de la Ruhr. Toutefois, les nombreux débordements (inévitables ?) – dégâts dans la ville, risques liés à la drogue et l’alcool – ont eu raison de la Love Parade. Après un tragique accident en 2010, ce fut la fin.
Aujourd’hui, le tourisme est devenu un énorme business et notamment le « tourisme musical », avec les fameux Easyjet clubbers. Il faut savoir que les touristes dépensent 9 milliards d’euros tous les ans à Berlin. Pour une ville surendettée, c’est vitale. C’est bien là qu’est le paradoxe. Berlin, capitale de la contre-culture, est devenu « tendance ». Beaucoup se plaignent des dangers de la gentrification des quartiers du centre (Prenzlauer Berg et Friedrichshain) et s’opposent  à la construction de nouveaux hôtels qui favoriserait le tourisme low cost, tout en nuisant à la réputation de la capitale.

Un paradis pour artistes ?

    Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes alternatifs pour Berlin. Ou presque. 
 Début Février, la mauvaise nouvelle est tombée pour la ville qui attire les artistes mais manque d’un grand musée pour l’art contemporain, équivalent à la Tate Modern de Londres : le musée Guggenheim va fermer ses portes fin 2012 suite au retrait de son principal mécène. Cette institution majeure pour l’art contemporain sur l’avenue principale, Unter den Linden, était devenue un véritable centre artistique. La deutsche Bank, qui accueillait et sponsorisait le musée, a annoncé que sa collaboration avec la fondation ne serait pas renouvelée. 

Une ville réunifiée ?

     Berlin depuis la réunification a beaucoup changé. réunifiée certes mais unifiée… pas vraiment. La ville ne montre pas de visage homogène mais se conçoit aujourd’hui plus que jamais comme un puzzle formé de villages divers. C’est précisément cette contradiction, cette ambiance provinciale pour une capitale, qui fait la particularité et explique le vent de liberté. Contrairement aux autres capitales, la pression sociale, culturelle et l’homogénéisation globale y est beaucoup moins présente. Berlin cultive alors les paradoxes : entre l’Ostalgie et l’avant garde, entre l’Est et l’Ouest qui malgré tout persiste, entre son statut de capitale de la première puissance européenne et sa situation économique dramatique. D’un quartier à l’autre, on trouve une atmosphère et une identité différentes.

La capitale underground est-elle en voie de normalisation comme certains les redoutent et l’annoncent ? Berlin, champ des possibles, perd certes un peu de terrain mais la contre-culture et la nécessité de liberté n’ont pas dit leur dernier mot. Après tout, c’est inscrit dans son patrimoine génétique.

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