Le Métrosexuel au delà des clichés

     Le Métrosexuel souffre de malentendus. Utilisé à tord et  travers, c’est un concept pourtant incontournable des années 2000. Il traduit l’émergence d’un véritable mouvement culturel et d’une modification importante de l’identité masculine. Ceux qui voit dans la figure du métrosexuel un type d’hommes, en l’occurence urbains, sophistiqués et soucieux de leur apparence, ont vite fait de l’enfermer dans cette caricature. Il s’agit d’une interprétation partielle. Métrosexualité ne doit pas rimer avec cosmétiques et sacs à main. Ce n’est pas non plus une féminisation progressive des hommes.

    Qu’est-ce que la « métrosexualisation » de la société dont parle Ken ? Que désignait Mark Simpson quand il a créé le néolgisme « métrosexuel » ? La métrosexualisation caractérise un changement profond dans le regard que l’on porte à l’homme. Elle renverse la division séculaire, très forte au XIXe siècle, de la répartition des tâches entre les deux sexes qui voulait que ce soit à l’homme d’être actif, de détenir le pouvoir et à la femme d’être passive. 

Le dernier ouvrage de Mark Simpson, le père du métrosexuel

 

Un corps objet, au coeur de la métrosexualisation

    Dans la culture populaire, on utilise de plus en plus le corps masculin, à la limite de la pornographie. Il devient, sans complexes, un objet, se retrouve la plupart du temps nu et fantasmé au possible. Il permet à la société de consommation de carburer… de garder son rythme infernal.

    Les femmes ont longtemps été enfermées dans leur rôle de séduction. Elles devaient plaire, s’exhiber. Passives, elles se faisaient objet et se faisaient désirer. L’homme se cantonnait à un rôle actif. Mais les années 90 et 2000 ont renouvelé la masculinité. L’homme moderne désire être désiré. Il veut, lui aussi, utiliser la séduction comme une arme et se rendre maître de son corps. Il accepte du coup d’être un objet… objet de désir voir objet de son propre désir. En effet, le métrosexuel est son propre objet de désir. Quelle que soit sa sexualité, son rapport est auto-érotique. Pour que cette évolution ait lieu, il a fallu accepter la fin de la division du travail sexuel.

       Dans une société consumériste et obsédée par la mode, le corps est l’atout premier pour se vendre, pour exister. Pour les classes populaires, il s’agit même de la seule propriété. Notre société capitaliste lui donne de la valeur. Il se fait alors l’accessoire par excellence de cette nouvelle virilité. D’où une fréquentation en hausse des salles de sport, un chiffre d’affaires en hausse des professionnels de l’épilation et du tatouage. 

      Les stars masulines, acteurs et chanteurs en tête, deviennent des quasi stripteasers, à l’écran, rejoignant ainsi leurs collègues féminines dans la vulgarité. Comment en est-on arrivé là ? Parce que parmi les spectacteurs, les femmes ne sont pas minoritaires et qu’elles n’ont plus de complexe à afficher leur désir pour de jeunes beaux hommes épilés, musclés et prêt à être utilisés. Marchandisation des corps dans l’autre sens. L’homme est désormais tyrannisé par le regard féminin et par le regard masculin. 

  

« Sporno » ou quand le sport vire au porno

      Mark Simpson décrit aussi le phénomène « sporno » qui fait partie de la métrosexualition :  ce mélanges de genres entre le sport et le porno. Qui n’a pas vu ces joueurs sportifs dans des positions suggestives voire carément explicites ? Ces corps mis en scène dans les vestiaires ? 

     Toutes les images de corps masculins qui inondent les médias véhiculent des idéaux et des critères irréels de beauté. La frustration et le mal-être qui peuvent en découler encourage de toute façon l’acte de consommation. Donc tout va bien.

Rafael Nadal (ou encore David Beckham, considéré parfois comme la quintessence du métrosexuel) n’hésite plus à exhiber leur corps contre des sommes d’argent que l’on devine astronomiques

  

L’homme est l’avenir des cosmétiques 

      L’homme est désormais fidelisé dès son plus jeune âge. Il faut dire que le marché est juteux. En 2010, le marché mondial des cosmétiques masculins atteignait déjà 23 milliards d’euros. En Allemagne par exemple, il a doublé entre 2005 et 2010. Mais la plus forte croissance vient des pays émergents.

      Les hommes sont fin prêts dans la lutte à la séduction. Ils ont tout un arsenal cosmétique pour paraître au top, frais, dispo, jeune et sexy. Sculpteurs d’abdominaux. Crèmes amincissantes. Image sociale oblige : pour mettre en avant sa volonté de fer, sa maîtrise de soi et sa santé légendaire, quoi de mieux qu’exhiber une silhouette fine et gracieuse ?

       Autre marché porteur : la chirurgie esthétique. Les attentes des hommes ne sont, dans ce domaine, pas exactement les mêmes que pour les femmes. Les mâles privilégient les actes rapides et légers. Il n’y a pas d’obsession pour les rides mais c’est plutôt le relâchement cutané que l’on fuit comme la peste et que l’on cherche à vaincre. Les seniors sont donc aussi concernés par ce besoin d’être à la page.

      Finalement, le diktat de la minceur atteint jusqu’aux hommes politiques. Les poignées d’amour disparues (ou presque) de M. Hollande ? Le corps svelte de M. Obama (qui remplit, à lui seul, le rôle glamour de First Lady) ?

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