De la capitale industrielle à… la capitale consommatrice

     Les villes ont été, à chaque époque, les moteurs de l’innovation. La prospérité et la suprématie actuelles des mégalo-métropoles découlent de leur capacité d’une part à produire des idées et d’autre part à offrir des divertissements. En Occident, les villes ont dû se réinventer après l’ère industrielle. Loin de rester sur le déclin, les grandes capitales occidentales comme Londres, Paris et New York ont survécu à la fin de l’ère industrielle. Elles ont continué à s’enrichir, devenant plus créatives, plus sûres et plus séduisantes. Voilà pourquoi elles dominent encore l’économie mondiale et l’imaginaire collectif. 

  

Fin de l’ère industrielle

      Au XXe siècle, la baisse du coûts des transport et l’abolition des distances entraînèrent le déclin industriel et firent perdre aux mégapoles leur avantage comparatif. Pour toutes les entreprises qui produisaient en série, être installé en ville n’avait plus d’intérêt. Surtout si les prix de l’immobilier augmentaient. Certaines villes ne s’en sont jamais remis car elles n’ont pas su opérer de transition et se reconvertir. Détroit reste le meilleur exemple. 

   Grâce à la baisse des coûts de transport et à la mondialisation, les entreprises s’installent où elles veulent, indépendamment de la proximité d’un port ou de la présence d’un important marché local. Le talent est mobile et c’est tout le challenge des mégalo-métropoles de se montrer attractive pour convaincre les investisseurs et les entreprises. Elles n’ont pas dit leur dernier mot et cherchent à tout prix à tirer leur épingle du jeu dans la concurrence internationale. 

  

Les villes, centres de créativité

      Un monde interconnecté et globalisé permet aux personnes créatives d’envisager des bénéfices à l’échelle de la planète puisqu’ils peuvent rapidement et sans trop de barrières s’attaquer au marché mondial. La tertiairisation et la mutation numérique mettent ce qui est immatériel – le savoir et la créativité – au coeur de l’économie. Or le savoir est produit plus efficacement quand les gens sont proches. La ville qui se caractérise par la proximité et la densité accroît donc la productivité. Elle rapproche physiquement les gens et les entreprises. Du coup, et c’est bien le paradoxe de la métropole moderne, la valeur de la proximité s’est accrue alors que le coût des voyages a chuté. Malgré des prix immobiliers hallucinants, on afflue toujours autant vers ces grandes capitales, devenues des centres de la mondialisation.

      A New York, ce sont quelques innovateurs financiers qui ont relancé la métropole sur le déclin dans les années 70. Aujourd’hui, pas moins de 40% de la masse salariale de Manhattan provient de l’industrie des services financiers. Ce secteur soutient en grande partie le dynamisme de la métropole. Quand la finance a été en grande difficulté en 2008, les conséquences se sont faits sentir dans tous les secteurs. New York est en train de supplanter ou du moins égaler la Silicon Valley, en accueillant et soutenant de nombreuses start-ups. Londres aussi s’est réinventé grâce à des secteurs riches en idées comme la finance. 

  

Mégalo-métropoles, paradis pour consommateurs ?

       Comment choisit-on une ville ? En fonction du type de vie que l’on veut y mener, des avantages qu’elle nous procurera. La ville détermine le style de vie. Au XXe siècle sont nés les villes consommatrices, comme Los Angeles. Quand aux vieilles capitales, Londres et Paris en tête, elles ont subi des liftings et ont su rester dynamiques et attractives. Revigorées, elles se sont progressivement imposées comme lieux de consommation. En effet, les divertissements et les plaisirs qu’offre une ville ont un grand pouvoir d’attraction. 

        A l’échelle urbaine, les coûts fixes qu’exige le fonctionnement des salles de spectacle vivant et des musées sont partagés entre des milliers d’habitants. Quand au grand nombre de restaurants, il s’explique aussi par une division du travail et une spécialisation plus poussées. En buvant, en mangeant ou en faisant la fête à l’extérieur, les métropolitains partagent l’espace commun. Du coup, les mégalo-métropoles deviennent des parcs de loisirs urbains, parfois haut de gamme, et attirent ainsi, en premier lieu, des gens riches et cultivés qui sauront et pourront profiter de ses atouts majeurs. Si le succès de la ville du XIXe s’expliquait par les avantages qu’elle offrait à la production industrielle, la ville du XXIe attire parce qu’elle est un paradis pour les consommateurs.

  

Londres, capitale globale et terrain de jeu pour milliardaires

      Pourquoi 32 milliardaires ont-ils choisi de s’installer à Londres ? Pour les avantages fiscaux d’abord mais aussi parce qu’il fait bon être riche à Londres. La ville rayonne parce qu’elle est un centre de production, de création de richesses et un centre de loisirs. On vient voir, visiter, se promener, acheter, goûter, apprendre, créer, s’inspirer,… Surtout, des divertissements de luxe sont offerts à l’élite mondiale : restaurants étoilés, musées de premier plan, théâtres prestigieux,… Lors de la décision d’installer la Banque centrale européenne à Francfort, Londres n’a pas craint longtemps de perdre sa suprématie financière pour la simple et bonne raison que Francfort ne peut pas rivaliser avec Londres en termes d’offre d’activités et de divertissements. C’est aussi cela la qualité de vie, même si certains écologistes réactionnaires voudraient nous faire croire à leur vision idéalisée d’un retour à la nature et à des pratiques ancestrales.

  

New York, plus que jamais ville-monde

      New York, avant que Londres ne la concurrence dans ce domaine, était la capitale du monde. Une mégapole ouverte à l’immigration depuis des générations et même favorable à celle-ci. Son succès s’explique largement par le brain drain qu’elle opère. Le mode de vie que l’on y trouve est unique : c’est un mélange subtil entre l’Europe et les Etats-Unis. L’esprit d’entreprise et la société de consommation à l’américaine sont poussés à leur extrême. On vient à NY pour réussir, pour se réinventer. Mais la ville se distingue de ses concurrentes américaines par des caractéristiques propres aux métropoles européennes : un véritable centre où l’on se déplace à pied, un incroyable réseau de transport public, une place importante accordée à la culture et à la mode, etc… L’offre culinaire de la mégalo-métropole est sans comparaison avec le reste du pays. En 2008, aux Etats-Unis, il y avait 1,8 fois plus d’employés dans les épiceries que dans les restaurants. A Manhattan, on comptait 4,7 fois plus d’employés dans les restaurants que dans les épiceries. 

     New York fait partie, avec Paris et Londres, des trois villes les plus visitées au monde. Ce n’est pas un hasard. La vie new yorkaise est déjà en tant que telle une attraction. Dynamique, audacieuse, Big Apple va plus vite que le reste de la planète. En quelques années, la High Line, premier parc urbain suspendu dont Ken vous parlait dans ses adresses croustillantes, voit le jour. Même si la ville a tourné le dos pendant des décennies à sa façade océanique, on y trouve tout de même la plus grande plage urbaine des Etats-Unis. Enfin, après les attentats du 11 Septembre, la ville s’est relevée avec dignité. Et elle a survécu à la crise financière internationale. 

    

Paris, ville fantasmée qui utilise son image et son art de vivre pour vendre et rayonner

      Paris part avec un atout indéniable : son patrimoine, son art de vivre et son architecture. Considérée souvent comme la capitale mondiale de la mode, du luxe, de la gastronomie, de l’amour et de la culture, Paris a fait de son image son meilleur atout. Paris s’impose comme un centre culturel majeur avec 150 musées dont le plus visité au monde et une offre variée et riche en matière de spectacles. Le cinéma n’y est pas mal logé : près de 400 écrans (la plus grande concentration mondiale par habitant) proposent à l’affiche chaque semaine enntre 450 à 500 films différents.

     La ville bénéficie largement des siècles d’investissements dans les bâtiments, les musées, les parcs. Elle ne s’arrête pas là et multiplie les initiatives pour mettre en valeur la capitale ne manquent pas : la nuit des musées, la nuit blanche et Paris Plages par exemple ont fait des émules dans le monde entier. Ensuite, Paris capitale de la création regroupe les plus importants salons professionnels, organisés à Paris et spécialisés dans les domaines de la mode, de l’accessoire et de la maison. Ces rendez-vous internationaux attirent chaque année plus de 17 500 exposants (dont 40% d’étrangers), des centaines de milliers de visiteurs (dont 50% d’étrangers) et 9 000 journalistes de plus de 115 pays. La mairie développe aussi le tourisme créatif avec la plateforme Créative Paris.

      A Paris, la densité des commerces est à la hauteur de sa réputation. On compte 29 commerces pour 1 000 habitants (à Milan par exemple, c’est « seulement » 16) . Si Paris a perdu son titre de capitale mondiale du shopping au profit de Londres, elle reste imbattable dans le secteur de la beauté. En 2010, Paris a généré les plus grosses dépenses dans les domaines de la santé et de la beauté, soit 13 milliards d’euros, devant Tokyo (12,3 milliards d’euros), New York (10,9 milliards d’euros) et Londres (8,1 milliards d’euros). 

  

     L’évocation de la Ville-lumière suffit à rendre glamour, à déclencher l’imaginaire et à faire vendre. Quoiqu’on en dise, le pouvoir fantasmatique de la capitale française est intacte. La start-up MyLittleParis avait bien vu ce potentiel. Dans leur newsletter, c’est plus qu’un bon plan mais une idée, un concept qu’ils envoient. Paris est d’abord un mode de vie. 

     Combien de marques de parfums, de mode et d’accessoires utilisent Paris comme décor pour leur publicité ? Voici une liste exhaustive des monuments iconiques représentés ces dernières années dans les campagnes de pub : la Tour Eiffel (La Parisienne avec Kate Moss, Dior homme avec Jude Law), les quais de Seine (Very Irrésistible de Givenchy), les toits de Paris, (Miss Dior Chérie, Si Lolita de Lolita Lempika), les candélabres du pont Alexandre III et les invalides (Hédiard)Isabelle Adjani, « monument français vivant » devant une fenêtre avec vue sur la place de la Concorde (Lancel),la place Vendôme et la Concorde (Coco Mademoiselle de Chanel avec Keira Knightley), le parc Monceau (Miss Dior Chérie avec Nathalie Portman),..

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