Tacheles, mort d’un symbole du Berlin alternatif

Mort d’un emblème du Berlin créatif et alternatif

    C’est la fin d’une époque, la mort d’un symbole et le début d’une nouvelle aire pour Berlin. Au n° 53 de l’Oranienbruger Strasse, le plus célèbre squat artistique du monde, le Tacheles, a fermé ses portes définitivement mardi 4 septembre. Après des années de résistance contre les promoteurs immobiliers, les artistes qui occupaient le bâtiment ont été sommés de quitter les lieux par le créancier du propriétaire, la banque HSH Nordbank.

Un lieu historique

     Situé à proximité de la synagogue, dans le quartier juif (« Tacheles » signifie « franc-parler » en yiddisk), l’imposant bâtiment bétonné a été construit en 1909. A l’origine galerie commerciale, il a ensuite été utilisé comme prison nazie pendant la seconde Guerre Mondiale. L’immeuble et son terrain, qui s’étendent de la Friedrichstrasse à l’Oranienburger Strasse dans l’ancienne RDA, ont été investis par les squatteurs en février 1990, deux mois avant sa démolition programmée. Un projet immobilier prévoyait à cette endroit la construction d’une rue. Peintres, sculpteurs, plasticiens y ont installé leurs ateliers, galeries ou magasins. Des bars, un restaurant (le Zapata) et même une salle de cinéma ont ouvert dans ces 1.250 m2.

  

« Berlin n’est bientôt plus sexy »

     L’esprit contestataire et révolutionnaire des débuts avait déjà quelque peu disparu. Le Tacheles était devenu une des attractions touristiques de la ville, visité par 400 000 visiteurs chaque année. A l’effervescence créative des années 90 et 2000 succède l’embourgeoisement inévitable de la capitale allemande. Le futur de Berlin sera de plus en plus bobo et de moins en moins alternatif. « Berlin n’est bientôt plus sexy » était écrit sur une pancarte placardée sur la devanture. Une centaine de sympathisants et journalistes, nostalgiques, étaient venus dire adieu à cet icône, qui reflète un état d’esprit et une époque révolus. En effet, beaucoup redoutent que Berlin se transforme en plateau de Monopoly, où les investisseurs se disputent les emplacements des clubs et lieux de culture qui ferment les uns après les autres. La gentrification est lente mais certaine. 

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