Hollywood en perte de vitesse

     Si les studios de cinéma ont souvent délocalisé les tournages, le phénomène a pris de l’ampleur ces dernières années, à tel point que cele commence à inquiéter sérieusement l’industrie du cinéma américaine et sa capitale Hollywood. L’exode cinématographique s’accentue dans un contexte déjà difficile pour les puissants studios hollywoodiens, en perte de vitesse…

  

Le déclin du cinéma hollywoodien… en pleine infantilisation

   L’industrie du film hollywoodien n’est plus ce qu’elle était. Les films qui valent la peine sont essentiellement des films indépendants produits par les filiales “artistiques” des studios. Ils sortent de septembre à décembre, avant les oscars. A part ces « films à prix », il s’agit essentiellement de blockbusters dont certains sont franchement débilisants. Pourquoi Hollywood perd-elle du terrain et de l’argent ? Explication en quelques points : 

Trop de superhéro tue le superhéro : le dernier Batman, le dernier Spiderman (4 en moins de 10 ans), la liste est longue. A force, on se lasse…

– Moins de produits dérivés : habituellement, Hollywood rentabilise des films coûteux aussi en vendant des produits dérivés. Mais de nombreux films sont déjà des produits dérivés d’un autre média : de BDs pour les superhéros, de littérature pour ados comme Harry Potter et Twilight, d’attractions de parcs à thème comme Pirates des Caraïbes. Un film Monopoly est même en route… Ce phénomène traduit aussi le manque de créativité des scénaristes qui se content trop souvent d’adapter au cinéma des histoires qui ont déjà eu du succès.

Fatigue des vieux maîtres du cinéma américain : Woody Allen, parti se renouveler en Europe, commence à s’essouffler, comme le témoigne son dernier film. Les autres grandes figures du cinéma US indépendant, comme Scorsese ou Eastwood, ne pondent pas des chefs d’oeuvre à tous les coups.

– Les réseaux sociaux concurrent des campagnes de pub :  il ne suffi plus de propulser un film à coup de campagnes publicitaires extrêmement coûteuses. Pour qu’un film dure, il doit être de bonne qualité. Internet et ses réseaux sociaux permettent de savoir rapidement ce que le film vaut vraiment. 

– Mauvaise utilisation de la 3D : la 3D ne doit pas se réduire à un gadget marketing. Technique parfois surexploitée, elle s’apparente au mauvais fond de teint qui cache les imperfections ! 

– Avec la crise, les investissements ont baissé. Seuls les projets rentables et donc les films sans suprrise ont une chance d’aboutir. Il faut satisfaire le marché mondial, seule chance de rentabiliser un film hollywoodien au budget dément.

  

La vivacité des séries, nouvel eldorado des scénaristes 

    Les Etats-Unis demeurent l’unique puissance à disposer d’une influence culturelle hégémonique. La créativité américaine, le dynamisme et la qualité de sa production audiovisuelle ne sont donc pas morts. Ils se sont juste déplacés : du grand au petit écran. Tandis que le cinéma produit de plus en plus de films pour ados, ce qui explique aussi son actuelle faiblesse, la télévision produit des séries aux scénarios bien ficelés et aborde des thèmes audacieux que le cinéma a déserté

    Les séries traitent d’époques révolues (Les Borgia, Conquest, Mad Men) ou de thèmes très actuels comme leterrorisme (Homeland), la drogue et la maladie (Breaking bad, Weeds, The Big C). Le monde professionnel est aussi très présent : journalisme (The Newsroom), agences publicitaires (Mad Men), les dessous des cabinets d’avocat et des campagnes politiciennes (The Good Wife),…  

   La chaîne cablée HBO a été la première à produire des séries « intéressantes », provocatrices et innovantes. Les chaînes concurrentes ont suivi depuis quelques années et rivalisé de créativité pour capter une partie de l’audience. Même si on gagne moins à la télé, une partie de la profession préfère de plus en plus travailler pour HBO notamment que pour des films. Une véritable révolution que la série Girls illustre très bien. Sa scénariste et actrice principale, Lena Dunham, considérée comme la nouvelle Woody Allen, a réalisé un film avant de se tourner vers la télé. 

  

Los Angeles, toujours capitale du cinéma occidental ?

    Les villes historiques de l’industrie cinématographique, Los Angeles en tête, doivent faire face à une nouvelle concurrence. Nombreuses sont désormais les métropoles qui attirent les tournages, en proposant des avantages fiscaux, des aides et de crédits d’impôts. Alors qu’en 2000, la Californie accueillait 272 tournages, elle n’en comptait plus que 160, en 2008. C’est tout d’abord Toronto, surnommée « Hollywood North » qui accueille un grand nombre de productions américaines. 

Les studios Paramount à L.A. qui reproduisent les rues de NY pour les tournages. On reconnaît la fausse station de métro : Broadway – Lafayette Street

  

N.Y. fait de l’ombre à L.A

    Pendant longtemps, on tournait à NY pour la ville en elle-même (Sex and The City, Gossip Girl,..). Certaines séries censées se passer à NY étaient tournées en studio, comme c’est le cas de Friends. Désormais, la ville est utilisée à la place d’autres métropoles américaines. The good wife par exemple se tourne à New York alors même que l’intrigue se déroule à Chicago. Dans Mildred Pierce avec Kate Winslet, NY se transforme en un LA des années 30.

   NY est un personnage idéal pour certaines fictions. Son énérgie, sa diversité ethnique et architecturale, ses stations de métro et ses bains de foule n’ont d’égal. Ainsi, dans la saison 2011-2012 de télévision, il y avait 23 séries en prime-time tournées à NY contre 9 en 2006

    Bien sûr Hollwood domine encore largement, notamment grâce à des studios qui reproduisent les rues de NY, les taxis jaunes et les clochards. LA a été construit pour le cinéma et la télé. Cet avantage comparatif demeure mais les avantages fiscaux mis en place par la mairie new yorkaise ont de quoi faire hésiter les producteurs.

  

Paris a enfin ses studios : la Cité du Cinéma

  Où ? Dans une ancienne centrale thermique EDF en Saint-Denis, construire en 1933 pour alimenter le métro, style art déco.

  Quoi ? 23 000 m2  de bureaux, 11 000 md’activités de production cinématographique, 10 000 mrépartis en neuf plateaux de tournage et 8 000 mà l’Ecole national supérieure du cinéma Louis-Lumière.

     Un Hollywood à la française ? Ce rêve de Luc Besson est devenu réalité. En 1997, il avait dû s’expatrier un an et demi pour tourner Le Cinquième Elément. Depuis, il a tout fait pour que les réalisateurs français puissent rester en France. La création de cette Cité du cinéma marque la fin d’une anomalie : l’hexagone a la premier cinéma d’Europe mais c’était le seul pays qui n’avait pas d’infrastructures pour accueillir la production de films. Selon le producteur Alain Terzian, cette cité du cinéma représente  « la plus belle usine à rêves du monde ».

 

Buenoswood ?

     Buenos Aires rêve de devenir une capitale du cinéma. La présidente argentine a annoncé la création d’un pôle cinématographique de 120 000 m2 sur le modèle Hollywood. Ils sera implanté au sud de Puerto Madero, sur le site de l’île de Démarchy, dans un complexe industriel à l’abandon, les « docks » de la capitale. Dans le même temps, les subventions pour le cinéma argentin passeraient de 3 millions à 5,5 millions de pesos. Un effort considérable pour un pays qui a obtenu deux fois l’Oscar du meilleur film étranger avec L’Histoire officielle en 1986 et Dans ses yeux en 2010.

     Depuis 2009, l’Argentine a perdu sa position de 4ème exportateur mondial en matière de cinéma. Ce projet colossal doit permettre à la capitale argentine de se remettre dans la course. Le pays reste toutefois le leader du cinéma sud-américain et le quatrième exportateur mondial de contenus audiovisuels, une place qu’il doit à la production de films publicitaires boostée par une main d’oeuvre bon marché d’acteurs et de techniciens. 

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