New York coupée en deux par Sandy

     Deux New York : l’une qui se réveille très vite après Sandy et l’autre qui plonge dans le chaos, devenant une fille fantôme et dangereuse. Malheureusement, les médias dans la semaine post-Sandy ont focalisé leur attention sur le New York qui (à part des difficultés dans les transports) a repris une vie normale : Midtown, Uptown, une bonne partie de Brooklyn, du Bronx et du Queens. Pourtant, la situation était loin d’être réglée, notamment pour le sud de Manhattan, Coney Island, Red Hook et Staten Island

    Le contraste était flagrant à Manhattan, où la coupure s’opérait vers la 34e rue. En dessous, la ville s’était éteinte et les habitants survivaient dans des conditions précaires : privés de chauffage, d’électricité ou d’eau, sans réseau téléphonique, sans internet et sans connexion avec le reste de l’île et de l’agglomération. L’équivalent des HLMs français n’avaient parfois plus d’eau pour les toilettes, d’où des odeurs qui commençaient à s’installer. Certains ont perdu leur propriété : un studio d’artistes à Red Hook, une maison secondaire sur une des petites îles longeant la côte. 

Le Sud de Manhattan du pont de Brooklyn, sans lumières.

    Les touristes et les hommes d’affaires en déplacement dans la Grosse Pomme ont aussi été pris de cours et ne se rendaient pas nécessairement compte de l’état de la situation. Du Lower East Side au quartier de la finance, les rues étaient devenues dangereuses. Peu de circulation, aucune lumière extérieure, aucune alarme pour empêcher les cambriolages. 

    Les journalistes n’ont pas pu accéder à Staten Island – le borough de NY le plus touché et le plus vulnérable – avant la journée de vendredi. Pourtant, il a été l’épicentre de la tragédie. 

La couverture du New York Magazine après le passage de l’ouragan Sandy

   

New York la riche vs New York la pauvre

    La manière dont les new yorkais ont fait face à Sandy a rappelé à quel point la mégalo-métropole est une ville d’inégalités. L’écart est même comparable aux pays en développement, notamment l’Afrique subsaharienne. L’an dernier, les 20 % les plus riches à Manhattan ont touché 390 000 dollars par an, soit 40 fois plus que les 20 % les plus pauvres, qui ont touché en moyenne 9 700 dollars. Il y avait donc deux New York géographiquement et deux New York sociologiquement. D’un coté, les new yorkais aisés qui ont pu se préparer avant la tempête, en achetant notamment de la nourriture ou en prenant un hôtel Midtown s’ils habitaient dans une zone évacuée. De l’autre, les classes inférieures qui n’ont pas eu l’opportunité d’anticiper, surtout parce que la plupart travaillait jusqu’au dernier moment avant le « couvre feu ».  

 

New York mise à nu : vulnérable mais solidaire et coriace 

    La catastrophe naturelle a pris une ampleur démesurée parce que la ville n’y était pas préparée. Sans électricité et avec les tunnels de métro inondés, New York s’est arrêté. La galère des transports s’est accru lorsque la moitié des stations essence ont fermé, faute de pompes en état de marche ou faute de carburant. La plupart des taxis refusaient d’aller à Brooklyn par exemple pour ne pas revenir à Manhattan bredouilles et préféraient prendre plusieurs personnes à la fois. Les tarifs pratiqués ont aussi pu être assez hasardeux.

    Les habitants de New York ont donc passé des heures à faire la queue et dans les transports pour rejoindre leur travail ou domicile : queue pour acheter de l’essence, queue pour prendre les shuttles qui remplaçaient bon nombre de métros, queue parfois pour accéder à la station de métro même, surchargée à cause de la fermeture d’une bonne partie du réseau. 

Exil vers Manhattan (mercredi 31 Octobre) : seuls les bus fonctionnent et aucun ne relie Brooklyn à Manhattan. Marcher reste une des seules solutions…

Downtown Brooklyn : de longues minutes d’attente avant de prendre les shuttles pour Manhattan

    Malgré une catastrophe humanitaire, la ville de New York a prouvé sa solidarité et sa résistance. En moins d’une semaine, la plupart des tunnels inondés ont été remis en service. Les hommes politiques ont oublié la bataille partisane face aux événements et se sont focalisés sur les besoin des habitants. Les initiatives n’ont pas manqué pour venir en aide aux victimes de Sandy : AT&T a envoyé des camionnettes avec le Wi-Fi dans la ville ; les membres de la NYC Food Truck Association donnaient des repas chauds en partenariat avec JetBlue ; les New York Sports Clubs ont ouvert leurs portes et mis à dispoistion leurs douches et prises électriques. 

    Dans la section Metropolitan du New York Times (édition du dimanche 4 novembre donc moins d’une semiane après la tragédie, un dossier spécial était consacré aux projets pour faire évoluer la ville et la protéger lors des prochains ouragans. Trois propositions pour les trois zones les plus touchées : le sud de Manhattan, Red Hook et Staten Island.

Un des projets imaginés pour rendre New York moins vulnérable à de tels phénomènes climatiques

 

Une couverture médiatique controversée

     La catastrophe Sandy a interrogé la place et le statut de nos villes-monde à la mesure des cataclysmes naturels et mis en évidence la dépendance du monde vis-à-vis de NYC et des mégalo-métropoles en général.

    En effet, les mégalo-métropoles occupent une place plus que cruciale dans le réseau des villes et des échanges mondiaux. Elles concentrent l’activité, la richesse et donc l’attention. Incontournables, elles en deviennent du coup encore plus vulnérables face aux catastrophes naturelles. Si New York ralentit, c’est plus que la ville elle-même qui se voit affectée. Les répercussions se font sentir partout où s’étend le réseau à l’intérieur duquel New York s’intègre. 

     On s’est moqué dans les médias étrangers – injustement –  de ces américains égoïstes, matérialistes et superficiels qui ne pouvaient plus recharger leur i-phone. Une coupure d’électricité a des conséquences bien plus dramatiques pour l’économie que des i-phones qui ne se rechargent plus. Le nord est des Etats-Unis est un des foyers les plus peuplés de la planète et un centre politique et économique majeur. Sandy a, par conséquent, déstabilisé les centres névralgiques de la première puissance mondiale, de surcroît à une semaine de l’élection présidentielle. On pouvait s’attendre à de réelles répercussions sur l’économie et la population américaines voire mondiales. 

       Finalement, si les pays étrangers ont perçu une surmédiatisation, c’est sûrement parce qu’outre les médias traditionnels, les réseaux sociaux ont été un véritable relais d’informations et d’expériences personnelles. New York a capté une large partie des messages Twitter (soit près de 5,9 millions pour la seule journée du mardi 30 octobre) et des publications Instagram.

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