James Bond, nouveau symbole de la métrosexualité ?

      A l’occasion des 50 ans de James Bond et de la sortie de Skyfall, Ken revient sur le personnage mythique de 007 et ce qu’il nous apprend sur notre époque et la métrosexualité.

   

Bébé de la guerre froide et de la décolonisation

      Les aventures de James Bond, né pendant la guerre froide, reflètent les différentes phases du conflit : la série évolue au fil des crises et des périodes de détente. Avec la fin de l’ère soviétique, James Bond n’a pas jeté l’éponge mais entend bien répondre aux nouveaux défis : le terrorisme dont le cyberterrorisme dans le dernier opus, les puissants de la finance, le pouvoir de la presse, la lutte pour les ressources rares,… Il arrive même que le véritable ennemi ne soit plus le camp d’en face mais une organisation infra-étatique, sans aucune morale, qui dispose d’importants moyens financiers et se voit par conséquent en mesure de mettre en danger les puissances séculaires. Ca ne vous rappelle rien ? Al-Quaïda et le 11 Septembre. 

007 ou l’effet viagra pour les anglais

    En Grande Bretagne, James Bond est une icône nationale. Son papa, l’aristocrate Anglo-Écossais Ian Fleming, a aussi été un agent de sa Majesté. Il était membre des services de renseignements de la marine pendant la seconde guerre mondiale. Il écrit depuis la Jamaïque, encore une colonie dans les années 1950. A cette époque, l’élite britannique traversait une forte crise identitaire à mesure que l’empire, quoique vainqueur de la seconde guerre mondiale, commençait à perdre ses colonies. James Bond est donc chargé de maintenir l’honneur de la Couronne, de refuser la décadence de l’empire et de restaurer le rayonnement britannique… du moins par la fiction. Il s’agit donc d’une sorte de viagra pour les Anglais. Une figure compensatoire à la décolonisation…

   La critique française voit trop souvent, avec le série James Bond, un exemple de l’impérialisme culturel américain. Pourtant, les films visent à sauvegarder l’identité culturelle britannique face ce fameux impérialisme américain. D’ailleurs, véritable contresens pour la première adaptation des romans à la télévision : 007 était un agent de la CIA !  Loin d’être un ennemi des Etats-Unis et de ses valeurs, le personnage personnifie la Grande-Bretagne et défend la vieille civilisation face son ancienne colonie, devenue une superpuissance voire l’unique grande puissance à la fin du XXe siècle. C’est en étant so british et en même temps postmoderne que James Bond peut être universel. 

 

A l’image de la Grande Bretagne : entre tradition, nostalgie et modernité

     En cette année de JOs, l’acteur de James Bond a même fait une apparition remarquée aux côtés de Sa Majesté. Une preuve qu’il n’est pas qu’un personnage de fiction, ce qui explique aussi sa longévité impressionnante, unique dans l’histoire du divertissement. Il a survécu à sa raison d’être, la guerre froid. Il a vu défiler six acteurs différents et autant de « James Bond Girls » et d’affreux méchants que d’épisodes. 

    La série s’adapte aux mutations de notre temps. Le tabagisme, le machisme et le racisme, qui pouvaient caractériser les premiers opus, se sont effacés. Le dernier James Bond est plus politiquement correct et on y lit un sous-texte homo-érotique, d’une actualité brûlante en ces temps de débats sur le mariage homosexuel. De même concernant la menace : les pirates hyperconnectés de l’ère WikiLeaks sont les nouveaux « méchants ». Une manière de souligner, comme Sandy l’a fait à New York, à quel point les mégalo-métropoles sont dépendantes de la technologie et de son système. 

     En outre, Skyfall est très emprunt de nostalgie, aussi parce qu’il vient conclure 50 ans de succès et une série d’épisodes avec Judi Dench comme M. Au fil de l’histoire, les marques de la modernité et de la globalisation s’effacent jusqu’au final en Ecosse. L’espion ressort même la mythique Aston Martin DB5, au moment même où retentit le célèbre «James Bond Theme» de John Barry. La touche de nostalgie s’observe jusque dans la réalisation : les combats « à l’ancienne » et les prises à un nombre très restreint de caméras.

    Dans une séquence pleine de sous-entendus, Eve répond à James, phrase qu’il reprendra plus tard dans le film : « Sometimes, the old-fashioned way is the best. » Un peu à l’image de la Grande Bretagne et sa capitale Londres : toujours prêtes à aller de l’avant, sans pour autant renier ses racines et ce qui a fait la grandeur de l’empire.

   

De la masculinité virile à la métrosexualité

    La masculinité virile fait partie des éléments centrales du personnage de James Bond, créé dans l’après-guerre. C’est même une de ses raisons d’être. Il y a à l’origine du premier roman un événement historique lié à la représentation de la masculinité : le 25 mai 1951, deux diplomates en poste à Washington font défection à Moscou. Ils discréditent l’ensemble de la classe dirigeante et comme ils sont homosexuels, il y aura un parallèle entre la trahison de la nation et la trahison de la masculinité par l’élite. Le héros que Fleming crée doit donc assurer une double mission : rétablir la confiance dans les services secrets et dans les hommes qui dirigent la nation et par la même occasion réaffirmer la virilité conquérante qui passe par la domination des femmes.

     Il faudra attendre les années 90 pour que James Bond soit moins sexiste avec Judi Dench, qui sera la première femme à incarner le supérieur de Bond. 

«Vous êtes un dinosaure misogyne et sexiste, une relique de la Guerre Froide dont les charmes virils, même s’ils n’opèrent pas sur moi, semblent attirer cette jeune femme que j’ai envoyée pour vous évaluer»

GoldenEye (1995), M s’adressant à 007

      James Bond, plus contemporain, devient donc moins sexiste et carrément gay-friendly avec Skyfall. Jamais une scène avec un méchant (l’excellent Javier Bardem) n’aura eu autant de tensions sexuelles et de sous-entendus. C’est la première fois que James Bond joue sur l’ambiguïté de sa sexualité. Même ses conquêtes dans ce film ne ressemblent pas à celles des autres films. La scène de sexe du film, dans la douche, est très discrète, pudique et courte. Une partie de la presse britannique a même commenté que la nouvelle Bond girl, c’est Bond lui-même. Un phénomène pas étonnant pour Ken en ces temps de métrosexualisation de la société  : le métrosexuel est son propre objet désir, il a un rapport auto-érotique (quelle que soit sa sexualité).

 
     
      Ce dernier opus est bien parti pour dépasser le milliard de dollars de recettes. C’est en tout cas l’épisode de James Bond qui a le plus cartonné depuis 50 ans. Une bonne nouvelle à l’heure où les studios d’Hollywood, en perte de vitesse, misent de moins en moins sur des héros inédits et préfèrent investir dans des séries à rallonge comme « Harry Potter », « Twilight » ou « Batman » qui rapportent des sommes astronomiques. Le succès de Skyfall s’explique par sa capacité à refléter notre époque et avoir su faire évoluer James Bond. Ce blockbuster a tout de même une allure de film d’auteur. En effet, la psychologie des personnages est un peu fouillé qu’habituellement et à l’inverse, les scènes d’action interminables se font moins lourdes. La scène à Shanghai par exemple, très esthétique, est digne d’un film Wong Kar-wai. Probablement un choix délibéré de la production qui a confié la réalisation à Sam Mendes, un réalisateur cinéphile et oscarisé. 
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