La culture mobile et en province ?

   Paris vit dans le passé, disent certains. Son raffinement, notamment dans le domaine culinaire, vestimentaire et culturel, ne serait que vestige du passé. Pourtant, la ville-musée ne reste pas coincée intra muros mais prend le chemin de la banlieue et de la province. Deux institutions majeures de la capitale, le Centre Pompidou et le Louvre, qui participent au rayonnement culturel de Paris dans le monde, viennent ainsi d’ouvrir des antennes en province et inventent une nouvelle culture mobile. 

   

Pompidou: le musée global du XXIe siècle ?

     Le Centre était à l’époque de sa création, pendant les Trente Glorieuses, une composante essentielle de la modernisation de la France. De nos jours, à l’ère de la mondialisation, les musées français doivent élargir leurs publics, surprendre et ne pas s’adresser qu’au monde de l’art mais à tous les français et les étrangers.

   La programmation a bien changé ces dernières années, une des raisons qui a attiré 1 million de visiteurs supplémentaires en cinq ans, soit 40% de fréquentation en plus. Elle trouve un équilibre entre les grandes expositions historiques et une ligne très contemporainePour que la collection demeure l’une des meilleures du monde, il faut qu’elle devienne globale et vise les marchés émergents, comme la Chine, l’Inde, l’Amérique latine, le Proche et le Moyen Orient. D’autre part, concernant le numérique, l’approche est nouvelle voire révolutionnaire : à terme tous les contenus seront disponibles sur le site internet, à savoir oeuvres, catalogues du passé plus utilisés, vidéos d’artistes,…

le centre Pompidou-Metz de nuit, inauguré en mai 2010

     Mais le renouveau du centre Pompidou passe par deux innovations sans précédent : le centre Pompidou-Metz et le Centre Pompidou mobile. Depuis son ouverture en 2010, le Centre Pompidou-Metz est le musée le plus visité en France, hors Paris. Il s’agit de la première expérience d’une décentralisation d’un établissement public culturel et un succès sans précédent. Cette année, c’est au tour du Centre Pompidou mobile, le premier musée itinérant, de révolutionner le monde de l’art. L’idée est de créer l’événement avec une structure mobile, gratuite, qui partage les codes de la fête foraine, et attire un public qui ne va pas dans les lieux d’exposition ou les musées. Sous un chapiteau de cirque sont donc exposés 14 chef d’oeuvres : Matisse, Picasso, Braque, Léger,… A sa première halte à Chaumont (Haut-Marne), 25 000 visiteurs avaient vu l’expo après seulement deux mois, sachant que la ville compte 23 000 habitants. La fréquentation des autres musées de la ville a aussi été multipliée par deux.

Le centre Pompidou mobile, premier musée itinérant au monde, lancé le 18 mai 2012

Le centre Pompidou mobile, premier musée itinérant au monde, lancé le 18 mai 2012

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Le Louvre en province

    Le musée Louvre-Lens ouvrit ses portes au grand public à partir du 12 décembre 2012. Il ne s’agit pas d’un mini-Louvre en province mais plutot d’un musée d’un nouveau genre, novateur. 

    Musée depuis plus de deux cents ans, le Louvre a attiré en 2011 plus de 8,8 millions de visiteurs, ce qui le place devant le British Museum de Londres et le Metropolitan Museum of Art à New York. Pourrtant, le public ne voit que 10% des 350 000 œuvres qu’il abrite : le reste se cache dans les réserves. Or au Louvre-Lens, on aperçoit en contrebas les « réserves » prises du Louvre, où travaillent les restaurateurs. Une opportunité de voir ce qui se trame dans les coulisses et un concept de transparence adapté au monde contemporain. Les plus curieux pourront donc y descendre, ouvrir des tiroirs à dessins, et même parler aux restaurateurs en plein travail.

   En outre, la scénographie cherche à casser les codes des musées français, notamment dans sa Galerie du temps. Dans un espace décloisonné de 3 000 m2, 205 œuvres retracent l’histoire de l’art, de l’Antiquité à 1830. Les oeuvres viennent de tous les départements du musée parisien mais il n’existe plus de division par écoles (égyptienne, grecque, romaine, gothique, islamique, nordique,…) Tout a été monté sur socle ou sur panneau et installé individuellement, permettant ainsi de tourner autour de l’oeuvre, de changer d’angle.

    Du coup, on repense les rapports et influences entre les cultures. Par exemple, on se rend compte que Venise est plus proche de l’empire ottoman qu’on ne le croyait. Le mobilier épuré donne toute sa chance aux sculptures, tableaux et objets.  Rien ne sépare plus les matériaux et les techniques. La peinture n’est pas mise sur un piédestal et fait jeu égal avec la sculpture et les objets d’arts. Enfin, il n’y a pas de parcours coercitif dans cet immense hall. La scénographie déstabilise, oblige à s’interroger et à exercer son esprit critique. Ce musée-parc du Louvre-Lens est bien parti pour s’imposer comme une réalisation majeure de l’architecture française.

   

     Les délocalisations de musées peuvent se targuer de vouloir reproduire le succès du musée Guggenheim de Bilbao, qui a redoré le blason de cette ancienne ville sidérurgique meurtrie. Le centre Pompidou et le Louvre se sont implantés dans des zones meurtries par les guerres et la désindustrialisation. Un concept prometteur qui rappelle que la « culture » ne doit pas cantonner aux mégalo-métropoles riches mais mieux se diffuser sur les territoires.

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