Berlin rend-elle l’Allemagne sexy ?

    La décontraction de Berlin dans une Europe déprimée par la crise en étonne plus d’un. Certains se tourneraient plutôt vers Tel Aviv pour quitter ce continent qui se recroqueville… Des espaces verts, des espaces ouverts, des espaces libres. Tout reste possible. Malgré le passé. Grâce au passé. Ce dernier a fait de la ville un lieu nécessairement pacifique, où l’on s’épanouit plus facilement.

     Seule ombre au tableau : c’est la seule capitale européenne où le revenu moyen est inférieur à celui du pays, un choc surtout dans un pays qui s’impose comme la première puissance économique européenne. C’est sûrement ça qui donne tout son intérêt à la métropole. Elle doit exister autrement. Avec moins d’argent. Avec plus de temps.      Berlin a réussi l’impossible : rendre l’Allemagne sympathique, cool, branchée. C’est l’histoire d’une cité au bord du gouffre financier (60 milliards de dettes) qui devient la capitale branchée de l’Europe. Aux quatre coins du continent, on rêve de la liberté qui règne à Berlin et de son mode de vie alternatif. On vient chercher la « Gemütlichkeit » qu’on trouve difficilement ailleurs. Une dolce vita à l’allemande ?     

Des quartiers hype : de l’est à l’ouest    

Après la réunification, Berlin pouvait se reconfigurer et se réinventer un centre, une géographie. La gentrification a commencé à Prenzlauer Berg, véritable boboland, qui a attiré les classes créatives (notamment du Sud de l’Allemagne). Quand au quartier de Friedrichshain et ses nombreuses friches, il s’est transformé en lieu alternatif et festif. Puis la jeunesse branchée est venue conquérir, plus au sud mais dans l’ancien Berlin-Ouest, Kreuzberg et, plus récemment, Neukölln. Nouveau paradis pour hipsters, Neukölln est le dernier hotspot. Il y a quelques années encore, le quartier était peu fréquentable et n’y résidaient quasiment que des immigrés turcs ou arabes. Aujourd’hui, c’est le nouveau quartier créatif, une version européenne de Brooklyn    

Mis à part cette « hipsterisation » de Berlin, la ville attire de manière générale par son mode de vie alternatif. Elle n’a jamais été obsédée par la consommation. Même à l’Ouest, avant la chute du mur, il y a toujours eu une culture de résistance à la surconsommation et au matérialisme. D’autant plus que la pression notamment vestimentaire est bien moindre que dans les autres capitales.  Aucune course à celui qui aura le vêtement le plus cher, le plus en vogue ou le plus élégant. Dans une ville où l’on peut croiser un promeneur avec son cochon en laisse, les styles improbables n’ont rien d’exceptionnel. Souvent, les habitants sont pragmatiques et rejettent tout bling-bling.   

  L’été, une saison où Berlin se montre particulièrement généreuse

     La météo n’est pas un atout de Berlin. Mais les quelques semaines d’été où le temps le permet, les Berlinois profitent de leur ville : ils se retrouvent dans les parcs, les lacs et les espaces libres, encore nombreux dans une ville très étendue et qui n’a pas fini de se reconstruire depuis la réunification. C’est donc la saison des cinémas en plein air, des barbecues dans le Tiergarten, des siestes devant le Reichtag et des baignades à quelques stations en S-bahn du centre. 

      Avec un réseau navigable de 183 kilomètres et de nombreux lacs, la capitale allemande n’est pas en reste. Le lac de Wannsee reste un must. Révnové en 2007 pour son centenaire, c’est le lieu de baignade par excellence. On peut louer des bateaux, lire dans les fameux fauteuil-cabines en osier, faire du toboggan ou du beach volley.

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    Même la culture vivante s’invite à l’extérieur. La Berliner Waldbühne par exemple, théâtre en plein air mythique, situé au nord-ouest de Berlin et construit à l’époque des JOs de 1936, accueille les plus grandes stars de la musique aussi bien moderne que classique. 

     D’autre part, les Berlinois pratiquent par exemple le golf sauvage, version plus underground et moins coincée du jeu. Inventée par les allemands dans les années 1990, le « crossgolf », « streetgolf » ou « urbangolf » se prêtent très bien au décor berlinois. Des usines abandonnées aux piscines désaffectées en passant par les vestiges de la guerre froide comme un hôpital militaire soviétique ou une station américaine d’écoutes, les friches industrielles représentent un terrain de jeu idéal.

Le Street Golf à Berlin, sport en vogue (©AFP)

 
      Enfin, les Berlinois se sont appropriés un nouveau espace de loisirs avec l’ancien aéroport de Tempelhof. Il est devenu, après sa fermeture en 2008, un parc. La ville a récupéré les 386 hectares de terrain – plus que Central Park – pour l’usage public. Aujourd’hui, le Tempelhofer Park propose une voie de six kilomètres pour les vélos, les skates et le jogging, 2,5 hectares pour les barbecues, pas moins de 4 hectares de pelouse pour les chiens, une importante zone de pique-nique et un potager communautaire. Ca donne un espace où tout est possible : les salades qui poussent dans des mini-serres cotoient les chars à voile sur les pistes d’atterrissage abandonnées ou les joueurs de golf sauvage.  

 

Berlin, capitale des jeunes Artisan-Weekend-Berlin-33e91224a18b1e2cced7a3b3e0c09bc3

      Berlin est résolument jeune. C’est une ville où il fait bon être jeune, plein de rêves, fauché et bohème. La population est beaucoup plus étudiante et artiste que dans les autres capitalesAnti-consumériste, alternative et décalée, Berlin est une ville phare de l’underground : mode, design, musiques, concepts de la nuit. Certains y viennent le week-end uniquement pour faire la fête. 

      D’autre part, la capitale allemande avec ses loyers bas commence à émerger comme un lieu incontournable pour les start-ups. Les espaces de  coworking, comme BetaHaus, ouvrent les uns après les autres et accueillent un nombre toujours plus important de start-ups. 

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    L’ambiance rappelle la californie : tables en bois brut, éclairées par des ampoules écolo qui pendent du plafond, tenues (trop ?) décontractées. Les bureaux sont évidemment loués à des métiers « créatifs » : entrepreneurs, designers, consultants et free-lance qui travaillent par le biais d’internet au quotidien.

     Dans une ville où le chômage est très élevé, beaucoup n’hésitent pas à lancer leur propre projet plutôt de galérer à trouver du travail : génération slasher, génération crise.

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