Peut-on être bobo à Moscou ?

Emergence du bobo russe ?

    La Russie et ses nouveaux riches post-URSS nous ont habitué au bling-bling, aux limousines et aux lolitas avec des fringues hors de prix, payés par des hommes bien plus riches qu’elles. La consommation effrénée et les signes extérieurs de richesse semblaient avoir remplacé le communisme comme religion d’état. Mais la nouvelle génération défend désormais d’autres valeurs, qui sur certains points rejoignent celles des bobos européens. Exit les voitures de luxe. Bonjour les trottinettes et les vieilles voitures stylées. Exit le caviar et le champagne. Bonjour le bio. En deux mots : exit le chic, bonjour l’alternatif !

 

Multiplication des « lieux de bobos »  à Moscou

   En quelques années, Moscou a tourné la page du communisme. Les terrains ouvriers du centre-ville, chargés d’histoire, se sont reconverties en centres d’art pour la création contemporaine, russe comme internationale. Grâce à leur hauts plafonds et leur allure industrielle, ce sont des structures idéales pour les événements culturels et les expos.

    L’une des plus belles reconversions, Vinzavod, ancienne usine d’embouteillage de vin du XIXe siècle, qui s’étend sur 20 000 mètres carrés, a été rendu possible grâce à l’argent de Nikolaï Palajtchenko et Roman Trotsenko. Ces deux hommes d’affaires ont investi 3,5 millions d’euros dans son aménagement. On y trouve désormais des galeries d’art, un café en vogue et le concept store Cara & Co. Connu de la hype, c’est l’endroit où aller pour les défilés de mode et les vernissages d’art. Une sorte de Meatpacking District moscovite.

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Le concept store moscovite Cara & Co

   D’autre part,  les anciennes usines de coton Danilovskaïa Manoufaktoura et de soie Krasnaïa Roza, en faillite depuis la chute de l’URSS, ainsi que les ateliers de ferronnerie Arma abritent aujourd’hui des salles d’exposition et galeries d’art

     Enfin, l’ancienne chocolaterie Krasni Oktiabr (Octobre rouge), en plein coeur de Moscou,  s’est transformée en un lieu hybride : galeries de photo et d’art contemporain, restos branchés, rédactions de magazines et de chaînes de télévision, lofts à la mode et café design. 

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L’ancienne chocolaterie Octobre rouge reconvertie en centre d’exposition branché

     Depuis peu, il ne s’agit pas uniquement d’attirer les artistes du monde entier mais aussi de présenter fièrement la création russe. Beaucoup considèrent que les artistes russes doivent s’affirmer et n’ont plus besoin de chercher leur inspiration dans un Occident qui aurait des leçons à leur donner.

   

Une tribu à contre-courant

    Cette nouvelle tribu dispose d’une bonne culture générale par rapport à la majorité de la population russe. Logique quand on sait que les bobos cherchent à tout prix à fuir le mainstream. Ce groupe se reconnaît dans des magazines culturels branchés, comme l’hebdomadaire Afisha, consacré aux sorties culturelles. Ils regardent des films indépendants, écoutent de la musique ethnique. Ils se mettent au yoga et se lancent dans des projets citoyens.

      Les bobos russes tournent le dos au « russian dream » de l’argent vite gagné et dépensé à tout va. Ils préfèrent gagner moins mais travailler pour un job qui donne du sens à leur existence. Ils préfèrent voyager à l’intérieur de leur pays et découvrir ses richesses plutôt que de coloniser la côte d’Azur. 

     On en est encore qu’aux balbutiements. La boboïsation russe est très lente et restreinte. Elle reste incomparable à celle qu’a connu Paris ces dernières années. En France, où le bling bling est une faute de goût et où avoir de l’argent et le montrer est presqu’un crime, les valeurs des bobos ont eu beaucoup moins de mal à se développer.  

 

Une nouvelles forme de nationalisme 

     Aux nouveaux riches des années 90 a succédé un nouveau phénomène social : ces bobos de la génération Poutine. A la différence des bobos européens qui revendiquent souvent un appartenance au parti écologique ou en tout cas aux partis de gauche, les bobos russent ne sont pas très impliqués politiquement. Pourtant, ils partagent avec Poutine cette fierté retrouvée, cette quasi nostalgie pour l’époque soviétique. Ils sont très attachés à leur pays et partent d’ailleurs explorer sa richesse architecturale et culturelle. 

 

L’écoloft ou les balbutiements de l’écologie en Russie

     Les cinq habitants de la rue Piatnitskaïa, à Moscou, ont choisi d’adopter une attitude responsable envers l’environnement, en donnant naissance au premier « loft écologique » de Russie

   Même si le mode de vie écologique est difficile à appliquer en Russie, parce que les infrastructures sont sous-développées, ils ont réussi en quelques années à se montrer exemplaires. Ils apportent leurs poubelles au Centre d’initiatives écologiques à plusieurs kilomètres, seule entreprise à Moscou qui trie les déchets et recycle tout ce qui peut l’être. Ils alimentent leurs portables avec des batteries solaires et limitent leur douche à trois minutes. Ils ont acheté les équipements électroménagers qui consomment le moins d’énergie. Ils utilisent le vélo comme moyen de transport et pas seulement comme un loisir. Le fait même d’être en colocation a quelque chose de révolutionnaire. Les jeunes en Russie  vivent en général chez leurs parents ou en foyer d’étudiants. 

     Leur vie n’est certes pas verte à 100% mais ils en prennent le chemin en tout casLe business du recyclage, des produits bio et locaux décolle lentement et il faudra sûrement des décennies pour que le pays rattrape son retard par rapport aux pays occidentaux. 

     L’engagement de ces colocataires ne se cantonnent pas à leur sphère personnelle. Ils font un véritable travail de promotion et démocratisation de l’écologique. Une fois par semaine, ils organisent une «école écologique » : conférences, ateliers, films thématiques, master classes sur les divers modes de vie « en vert »,… 

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