Paris et Londres, moins rivales que partenaires ?

Paris et Londres, deux soeurs jumelles

Paris et Londres sont deux villes à part en Europe, deux mégalo-métropoles de rang mondial. Elles concentrent les fonctions de capitale politique et de capitale économique, dans des Etats qui ont beaucoup centralisé. Il s’agit de deux agglomérations qui rassemblent chacune 11 millions d’habitants, ce qui reste sans équivalent sur le reste du continent. Quand on dit Paris, on parle bien évidemment de l’Ile de France .

Avec la crise qui a accéléré la désindustrialisation dans les territoires, la suprématie de la mégalo-métropole a été encore accéléré. C’est dans ces centres là qu’on décide, qu’on innove, qu’on crée. La mégalo-métropole joue le rôle de médiateur entre la mondialisation et le territoire, rôle que l’Etat-nation européen a de plus en plus de mal à jouer. Dans la mesure où une partie de la richesse produite dans la mégalo-métropole est redistribuée sur le reste du territoire, l’avenir du pays entier dépend de la « bonne santé » de cette dernière.

londres, partenaire de paris

 

Une concurrence séculaire entre les deux super villes

La nation français et anglaise ont toujours été concurrentes, surtout à l’époque de leur empire respectif. Il en de même pour leurs puissantes capitales qui veulent rayonner et dépasser leur rivale.

En 1884 par exemple, Paris et Londres se battaient pour devenir le méridien de référence, c’est-à-dire le « nombril du monde ». C’est Londres qui l’emporta et imposa son Observatoire de Greenwich comme le point zéro de la planète. Paris attendra tout de même 1911 pour se rallier officiellement au temps universel.

Plus récemment, c’est le leadership de l’Europe en matière de tourisme qui a fait polémique. En 2014, Londres s’est targué d’avoir dépassé Paris et d’être devenu n°1 dans ce secteur où la capitale française a toujours été reine. Paris a rétorqué qu’il s’agissait d’intox et Anne Hidalgo, candidate PS aux municipales, a même tendu la main à la capitale britannique dans une tribune au Guardian : « Londres est la banlieue de Paris, Paris est la banlieue de Londres« . Cette concurrence n’est pas prête de s’arrêter avec l’Exposition universelle de 2025. Paris espère l’emporter et prendre sa revanche suite au cuisant échec des Jeux olympiques de 2012.

Depuis une décennie, à Londres, on prend Paris de très haut. Et la bataille semble être enterrée de ce côté-là de la Manche qui ne voit que New York capable de rivaliser avec elle dans le monde. Si la perte de vitesse de la capitale française est parfois notable, il ne faut pas oublier que la ville lumière conserve d’excellentes positions dans de nombreux secteurs de pointe.

paris, partenaire de londres

 

Paris vs Londres : la vérité de leurs atouts 

Qu’en est-il de la force de frappe des deux mégalo-métropoles ?

Londres devance nettement Paris pour tout ce qui a trait aux fonctions de place financière. C’est le premier centre financier du monde avec la City. Ainsi, le Grand Londres produit 20% du PIB national et la City à elle seule 10%. La langue anglaise, le common law et la fiscalité avantageuse sont autant d’éléments qui favorisent un environnement idéal pour investir et créer de la richesse. L’éducation n’étant pas une priorité, Londres attire une immigration hors Europe et UE, même très qualifiée. Comme à New York, le multiculturalisme fait partie de l’ADN de la ville.

A l’inverse, l’économie de l’Ile-de-France est extrêmement diversifiée et son potentiel humain et économique considérable. La ville se distingue en effet par un niveau de formation et de qualification très élevé et devient un vivier de startups. Enfin, Paris maintient sa position de place culturelle européenne.

 

Paris vs Londres : deux modèles économiques différents

Les modèles économiques de Paris et Londres ne sont pas les mêmes : Londres est tournée vers l’importation de facteurs de production, Paris fonde son attractivité sur sa capacité à développer en son sein les conditions de sa réussite grâce à la recherche et la qualification endogène. Les deux dépendent de l’attractivité : Londres pour la main d’oeuvre qualifiée importée et Paris pour les investissements directs à l’étranger.

> La force de Londres est la finance, favorisée par la déréglementation, la flexibilité et l’ouverture. Elle s’impose comme la capitale du capital.

> La force de Paris est son innovation, sa formation et ses réseaux publics. Elle s’impose comme la capitale européenne de la recherche et de l’innovation.

 

Vive la conurbation Paris – Londres ?

Un article dans The Guardian évoquait en 2014 la possibilité pour Paris et Londres de faire partie de la même conurbation. En effet, dans un avenir pas si lointain, le Grand Londres et le Grand Paris pourraient être vus d’Asie, d’Amérique latine ou d’Afrique comme les banlieues l’une de l’autre et des partenaires solides. Elles sont à deux heures de train et ensemble, c’est représente une population de plus de 20 millions d’habitants ainsi qu’un important poids économique qui permettrait de survivre face à Tokyo, Shanghai ou Rio. Car il ne faut pas sous-estimer le fait qu’à tout moment, les richesses, les investissements et les talents peuvent quitter les capitales européennes pour rejoindre de nouveaux centres de l’économie mondiale, dans les pays émergents.

Même si les deux capitales gardent une identité très différente, elles sont proches et complémentaires. A mesure que le monde se globalise et que la construction européenne s’intensifie (pre-Brexit), on aurait pu s’attendre à un rapprochement inévitable. D’autant plus qu’il s’agit de villes-monde qui ne connaissent pas les frontières nationales et sont interdépendantes dans le même espace économique (pre-Brexit). Enfin, les populations urbaines étant aujourd’hui connectées et mobiles, la distance « ressentie » entre Paris et Londres est bien plus petite qu’entre Paris et Nevers.

 

Un partenariat positif

Mis à part certains problèmes localisés et spécifiques, les problématiques que rencontrent les deux métropoles sont similaires, voire identiques : crise du logement, fracture sociale et territoriale, écologie, développement durable, système de transport efficace, innovation, … De manière générale, elles doivent articuler le global et le local.

En réalité, l’attractivité de Paris et Londres est un seul et même objectif. Il faut renforcer la collaboration, échanger les idées et les bonnes pratiques ainsi que comparer les résultats dans le cas de stratégie différente pour avancer.

 

Le Brexit rebat les cartes et éloigne les deux villes

brexit-londres-paris

C’est un choc. Un traumatisme. Une victoire des peurs et un rejet de la mondialisation.

Le contexte européen évolue. Depuis la décision par référendum du Brexit, la forte intégration économique ne sera plus de mise entre le Royaume-Uni et le continent.

La City aura peine à rester la place financière la plus importante du monde. La capitale britannique sert en effet de base pour l’ensemble du marché européen. En sortant de l’espace économique et en perdant ses accès privilégiés aux marchés européens, les délocalisations sont inévitables.  Au total, le cabinet PwC estime que le Brexit pourrait coûter 70 000 à 100 000 emplois dans le secteur des services financiers britanniques d’ici 2020.

Le malheur des uns feraient le bonheur des autres ? Plusieurs métropoles attendent déjà de se partager le gâteau : Dublin, Francfort, Luxembourg Amsterdam et bien sûr…. Paris !

La capitale française essayera de profiter du Brexit pour renforcer sa position dominante en Europe. Le comité « Place financière de Paris 2020 » promeut déjà la place parisienne face à ses concurrentes. Paris envisage par exemple de supprimer la taxe sur les salaires qui pèse sur le secteur financier français pour attirer traders et entreprises.

Le futur de nos deux mégalo-métropoles dépend de la collaboration nécessaire entre elles pour savoir s’adapter aux défis du 21e siècle. Le Brexit est un pas dans le mauvais sens. Une isolation, une fermeture à l’heure d’un monde connecté, d’un monde de réseaux et d’ouverture.

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